Une culture urbaine – Le Hip-hop

Posted by on 18/12/2012 in Espace public, Techniques

Une culture urbaine – Le Hip-hop

La ville n’est pas seulement une forme bâti et des fonctions administratives, économiques ou  politiques, c’est avant tout des gens qui partagent ce que certains appellent une culture, d’autres un mode de vie. On définit la culture comme l’ensemble des connaissances, des savoir-faire, des traditions, des coutumes, propres à un groupe humain, à une civilisation. On peut parler de culture urbaine dès lors qu’un ensemble d’individus s’est créé un “monde commun” à partir d’un langage, d’un style vestimentaire, de pratiques propres à l’environnement urbain dans lequel ils s’inscrivent. Nous allons ici nous intéresser à la culture urbaine et plus particulièrement à ce qu’on appelle la culture hip-hop.

La culture Hip-hop est née aux Etats-Unis à la fin des années 70. Elle se développe et se produit sur différentes scènes qui ont toute la ville pour décor. Le graffiti, la danse, la musique, la mode ou encore le sport sont autant de moyens d’expression pour des jeunes issus de quartiers populaires qui se créent ainsi peu à peu une identité propre, construite en opposition avec la culture bourgeoise et standardisée des riches banlieues blanches américaines . Ce mouvement, d’abord américain, s’étend peu à peu au monde entier et notamment en France dans les années 80. Ainsi, comme l’était la culture ouvrière du début du siècle, la culture hip-hop est une nouvelle forme de culture populaire qui crée elle-même ses codes à travers un certain nombre de pratiques qui trouvent dans l’art de nouvelles formes d’expression, et dans la ville un support d’actions.

Le graffiti tout d’abord. Précisons que nous utilisons le terme de graffiti pour désigner de manière générique l’ensemble des moyens d’expression graphique (pochoirs, tag, graffiti, etc). Il a une image souvent très négative car associé à des dégradations. Cette image est compliquée à combattre car les niveaux de graffiti sont très inégaux. Certains sont de véritables oeuvres d’art tandis que d’autres sont davantage des signatures plus ou moins gribouillées. On peut aussi voir le graffiti comme un moyen de laisser une empreinte dans un paysage urbain de plus en plus standardisé et pollué par une publicité toujours plus agressive. Tout le monde s’offusque de voir un mûr graffé mais ça ne gêne personne d’avoir des panneaux publicitaires de 10 mètres de haut. Le graffiti contribue à transformer esthétiquement la ville. Dans leur mise en scène, les graffitis viennent rappeler que la rue appartient à tous avant d’être un support de vente de l’industrie publicitaire, qu’il existe des endroits où l’on peut encore s’exprimer librement. Ils sont une trace visuelle d’une certaine subversion qui trouve dans le vandalisme et la clandestinité du graff un moyen de s’exprimer. La musique et le graffiti sont intimement liés. De nombreux groupes de rap lient ces deux moyens d’expression : NTM, La Caution, 1995. Contrairement à la culture bourgeoise qui pousse à l’individualisme et à l’entre-soi, chez soi, la culture Hip-hop s’exprime par la construction de collectifs (souvent stigmatisées sous le terme de “bande”) dont le lieu d’expression est la rue, faute d’avoir un chez soi attractif. Pour ces collectifs, il s’agit d’exister dans l’anonymat des villes, de faire connaître son “crew” et de laisser une trace de son passage.  Le graffiti est ainsi l’un des moyens de montrer qu’on est visible, qu’on existe et qu’on a sa place dans le monde. Le mûr tagué, les trains graffés, sont les témoins de cette culture qui se réinvente perpétuellement.

Tout comme le graffiti, la musique est l’un des moyens d’expression le plus connu de la culture urbaine. Le rap est considéré par beaucoup comme une nouvelle forme de poésie. Les artistes jouent avec les mots, les rimes, les sons, le rythme. Avec le rap, c’est tout un nouveau langage qui s’est crée. On dit souvent que partager une culture, c’est avant tout partager une langue. Le rap est la vitrine d’une nouvelle façon de parler, d’un nouvel argot, de nouveaux mots. Il se nourrit de la richesse multiculturelle des quartiers populaires dont il est issu. Il parle de la ville et surtout des gens qui y vivent, des conditions de vie dans les quartiers difficiles, de la rage contre un système inégalitaire et qui les discrimine. Mais au-delà du message contestataire, les rappeurs portent également un regard souvent très juste et plein d’humour sur leur quartier, leur ville et  s’attachent à défendre leur territoire pour ce qu’il est, un lieu de vie, avec tout ce que cela comporte.


Paris : tu peux pas résumer la ville où tout arrive

Jusque dans tous les départements à ses portes

On revendique tous une appartenance assez forte

On fait un art du mal de vivre, cette ville a deux rives

Y’a ceux qui partagent le gâteau et d’autres la cerise

Y’a les escrocs et les putains du vedettariat

Qui gagnent autant que tout un wagon du prolétariat

Et ouais, on est pleins de voyageurs qui n’connaissent que le bleu

Du RER B de la ligne 13 ou la ligne 2

Ici il pleut des gens sans cœur

Ça fait ni fleurir les trottoirs, ni les couplets d’un rappeur

Souvent j’imagine être ailleurs qu’ici, où on nous les laisse les miettes

J’aimerais fermer les yeux, les rouvrir et y être

Découvrir d’autres périmètres, Paris j’ai pas choisi d’y naître

Ni d’y croiser un flic tous les dix mètres

Pas non plus d’y gratter que des couplets

Ici une vie ne suffit pas, j’en ai rêvé que je me dédoublais

Paris : c’est grave d’être aussi blasé à notre âge

Paris : j’rends hommage à ta misère et ton chômage

Paris : j’ai l’impression de passer à coté de ma vie

Alors avec mon rap j’éclaire ma ville

Flynt : “J’éclaire ma ville”

 

Porteur d’un message d’insoumission et exprimé en des termes souvent agressifs, le rap fait peur à l’establishment qui le réduit constamment à quelques symboles et l’attaque constamment. Quand Georges Brassens ou Gainsbourg  pouvaient dire qu’ils voulaient, la moindre prise de position un peu forte d’un rappeur finit sur le bureau d’un juge. Alors qu’il est un des styles de musique le plus écouté, un tout petit nombre de radios en passent sur leur antenne. Le milieu français du rap se décridibilise également lui-même et apparaît parfois peu convaincant lorsque certains chanteurs mettent en scène leurs conflits et leurs rivalités. Mais après tout, ces conflits ne sont que le miroir de ce qui se passe dans la rue ou les questions d’identité et de rivalités entre quartiers font partie intégrante du quotidien de leurs habitants. Enfin, contrairement aux idées reçues, le milieu du rap est très hétérogène. On y trouve des “poètes” comme Oxmo Puccino, des “altermondialistes” comme Keny Arkana, des “gangsters” comme Booba… Chacun a ses codes, son langage, ses références et un type de musique qui lui correspond.

La culture Hip-hop est une culture avant tout populaire et urbaine qui touche les populations que l’on présente souvent comme ghéttoisée dans l’espace urbain. En France, celle-ci s’est surtout développée dans les banlieues parisiennes et dans les faubourgs marseillais. Comme nous le disions précédemment, cette culture s’est développée en opposition avec une culture bourgeoise très normée et “standardisée”, dans laquelle les jeunes de ces quartiers ne se reconnaissent pas et qu’ils n’aspirent pas à intégrer. Aujourd’hui, plus de 30 ans après sa création, la culture Hip-hop vit une sorte de scission.

D’un côté, il a été récupéré par un système qui s’est peu à peu appliqué à faire disparaître le message contestataire et populaire du rap en le décridibilisant et en faisant un objet de frasque et de spectacle. Le rap que l’on met en avant est alors très “bling-bling”, provocateur et très peu représentatif. Certains rappeurs sont aujourd’hui de véritable businessman avec des lignes de vêtements ou des labels de musique. Le graffiti vit lui-aussi le même phénomène. Les milieux artistiques institués souvent élitistes se sont peu à peu intéressés à cet art appelé aujourd’hui “street art”. Banksy, un célèbre artiste qui utilise le pochoir comme technique, pose de nombreuses question dans un film-documentaire (“Faites le mûr”) dans lequel il questionne par l’absurde la marchandisation croissante du street art. Souvent, on constate que ces artistes commencent à se perdre quand ils sortent de la rue et ne l’utilise plus comme le support de leur oeuvre.

Parallèlement à ce phénomène, il existe tout un milieu “underground” de la culture Hip-hop qui continue de parler de la rue, qui conserve un vrai message contestataire et qui ne tombe pas dans le piège du star systeme. Les concerts ont lieu dans des salles de banlieues où dans de petites salles parisiennes. On peut même assister à des “battles”, compétitions verbales entre deux rappeurs qui s’affrontent par “punchlines” interposées. A travers ce genre de manifestations, on conserve une trace de la culture urbaine, on fait vivre des lieux dans lesquels il ne se passe souvent plus grand chose, où en tout cas dont personne ne parle jamais positivement. On utillise également l’art qu’il soit verbal ou graphique, comme un moyen de décrire ce que l’on vit, son quotidien, ses galères.


Pour aller plus loin

Quelques rappeurs : Oxmo Puccino, Kery James, Keny Arkana, La Caution, Mafia K1fry, Hocus Pocus, ATK…

Artistes street art : Banksy, Miss Tic, Space Invader, Obey, Speedy Graphito, Zevs…

Quelques paroles de chanson:

-« Panam remix » de Triptik. http://www.lyrics68.com/TRIPTIK-PANAM’-LYRICS/8593/

-”Demain c’est loin” . IAM. .http://www.seeklyrics.com/lyrics/I-Am/Demain-C-est-Loin.html

-« La Ville » de Dany Dan. http://www.2kmusic.com/fr/topic/la-ville/67349

-”Le train de minuit” des Sages poètes de la rue. http://www.rap2france.com/paroles-sages-poetes-de-la-rue-le-train-de-minuit.php

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