Pour aller plus loin

La Fabrique du Lieu, au travers de ces articles, vous fait part de ses réflexions sur des thématiques très diverses qui animent la profession des architectes-paysagistes face aux enjeux de Développement Durable.
Réflexions, mais aussi livres, articles, expositions, films… qui peuvent nourrir nos projets.
Bonne lecture.

En lien avec le plan de paysage du Val de Luynes

Posted by on 30/06/2016 in Paysage | Commentaires fermés sur En lien avec le plan de paysage du Val de Luynes

En lien avec le plan de paysage du Val de Luynes

Dans le cadre du plan de paysage du Val de Luynes, des études sont à prendre en compte.

Le plan de gestion du Val de Loire :

Plan de gestion Val de Loire

Le projet de site classé :

Site+Luynes+rapport+de+présentation+final-1-65

Site+Luynes+rapport+de+présentation+final-66-134

Site+Luynes+rapport+de+présentation+final135-205

 

2nd chantier participatif – 900 ml de haies bocagères

Posted by on 5/04/2016 in Agriculture, Aménagements | Commentaires fermés sur 2nd chantier participatif – 900 ml de haies bocagères

2nd chantier participatif – 900 ml de haies bocagères

C’était le 19 mars 2016 avec une vingtaine de bénévoles :

900 ml de haies

4200 plants, autant de filets de protection et de tuteurs !

Pour les essences :

Chêne pédonculé, noyer commun, poirier sauvage, orme champêtre, charme, érable champêtre, aubépine, pommier, merisier, cornouiller sanguin, framboisier, fusain d’Europe, groseiller commun, néflier, noisetier coudrier, prunellier, sureau noir, troène.

Et des tonnes de paille pour protéger le sol !

 

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D’autres travaux sont prévus : nichoirs, perchoirs, bandes fleuries…

Pour découvrir ces projets que nous portons avec Hommes et Territoire, notre partenaire sur ce projet : Hommes et Territoire

 

 

Chantier participatif de plantation à Lhopiteau

Posted by on 7/03/2016 in Aménagements, Participation, Sensibilisation / Participation | Commentaires fermés sur Chantier participatif de plantation à Lhopiteau

Chantier participatif de plantation à Lhopiteau

Après deux années de réflexion, d’ateliers de travail, de montage de dossiers administratifs, voici les premiers travaux qui commencent à Lhopiteau ! Une quinzaine de bénévoles sont venus planter 34 arbres fruitiers et 100 ml de haies bocagères.

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Pommiers, cerisiers, pruniers, poiriers, noisetiers, charmes, chênes, cornouillers, troènes, groseillers, ormes, … que des essences locales qui seront favorables à la biodiversité. Merci aux deux pépinières (Val de Loire productions et Pimolle) pour la qualité des végétaux.

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Merci aux bénévoles qui n’ont pas chômés et qui ont compris ce que voulait dire « une terre amoureuse » !

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Rendez-vous le samedi 19 mars pour continuer par la plantation de 950 ml de haies bocagères.

Article de L’Echo Républicain

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La concertation empêtrée dans les méandres de la « démocratie »

Posted by on 9/02/2016 in Non classé, Participation | Commentaires fermés sur La concertation empêtrée dans les méandres de la « démocratie »

Depuis le début des années 2000, le champ de l’aménagement doit désormais faire de la concertation un passage obligatoire. La loi SRU, cadre structurant de l’aménagement du territoire, fixe ainsi parmi ses trois objectifs le « renforcement de la démocratie ». Décliné dans l’ensemble des procédures d’élaboration des documents d’urbanisme, mais aussi dans le cadre des Grands Projets, l’État demande dorénavant de prendre en compte la parole des citoyens. Les « forces vives », « parties prenantes », « acteurs locaux », « habitants »… deviendraient ainsi des membres à part entière de la prise de décision. Notre superbe démocratie en ressortirait grandie, tout le monde s’élevant en participant à la vie politique au sens noble du terme, etc etc..

A ce stade, une question importante doit être posée. Quelles peuvent être les motivations de l’État pour proposer de réduire ou de partager son propre pouvoir? Après tout, on entend très régulièrement dans la bouche de nos hommes politiques que notre démocratie se porte très bien, qu’il y a juste quelques « ajustements » à faire, et puis de toute façon « la démocratie, c’est le moins mauvais des systèmes », « personne n’est parfait »… Si j’osais mettre en doute la parole des politiciens, j’émettrais plutôt l’hypothèse que cette tendance vient en réaction à une évolution de nos sociétés. De manière très schématique, les citoyens avaient jusque dans les années 70, une certaine confiance dans leur classe politique et dans les institutions. Les syndicats, corporations, partis politiques et autres formes d’organisation jouissaient d’une certaine aura. Le premier choc pétrolier, la fin des 30 glorieuses, la crise économique et le chômage de masse, commencèrent à briser cet espoir des citoyens dans les formes d’organisation institutionnalisées et de nouvelles formes d’actions collectives se développèrent. L’écologie politique (Larzac par exemple) s’est notamment beaucoup emparée de ce phénomène en devenant un contre-pouvoir important face à une modernité qui écrase tout sur son passage. On est ainsi passé d’organisations très structurées et expérimentées, à des formes plus individualisées, plus spontanées d’action politique.  L’avènement d’Internet au début des années 2000 a permis de renforcer ce phénomène par l’accès à l’information qu’il institue. Les citoyens ont ainsi accès aux données et ne peuvent plus se faire berner par les argumentaires simplistes des porteurs de projet. De plus en plus de projets étant désormais menacés par les opposants, il fallait trouver un dispositif permettant de reprendre la main sur ces nouvelles formes de contre-pouvoir. On inventa alors la concertation.

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« Garde des amis auprès de toi, et tes ennemis encore plus près » semble être l’une des logiques qui a poussé l’Etat à développer la concertation. Pour cela, il a crée des dispositifs spécifiques comme la Commission Nationale du Débat Publique qui propose des dispositifs de concertation autour des grands projets (ligne TGV, autoroute, création parc d’attraction, etc). Il a aussi intégré dans les procédures d’élaboration des documents d’urbanisme (SCoT, PLU, AVAP, etc.) l’obligation d’associer la population sans toutefois en préciser les modalités. Peu à peu, le champ politique de la participation s’est ainsi scindé en deux. D’un côté, la concertation dite institutionnelle, et de l’autre la participation spontanée qui se développe sans cadrage. Les ZAD (Zones À Défendre) se développent un peu partout au fur et à mesures de l’avancée des projets, inutiles ou pas. Et partout dans la conscience citoyenne, une sorte de mal-être… comme l’impression de se faire avoir.

Le projet de la ligne TGV Bordeaux-Toulouse incarne bien ces nouveaux conflits. Une enquête publique qui montre l’inanité du projet, et finalement l’État qui le valide. C’est à n’y rien comprendre… La concertation ne serait en fait à prendre en compte que lorsqu’elle tire les mêmes conclusions que l’État. A ce stade, parle-t-on encore de concertation ou lui préfère-t-on le terme de manipulation ?

Nous semblons arriver aujourd’hui à un tournant. La radicalisation de certaines actions citoyennes prend des formes de plus en plus violentes, de même que l’aveuglement de l’État chaque jour plus loin des préoccupations de ses citoyens. Cinquante pour cent d’entre eux ne se déplacent même plus pour faire semblant de voter, les vidéos de personnes détruisant leur carte d’électeur se multiplient sur Internet, les plus grands partis de France peinent à atteindre 100 000 adhérents. A l’inverse, toute forme de mouvement participatif qui commence à prendre de l’ampleur fait systématiquement l’objet de tentatives de récupération et d’institutionnalisation afin de le brider.

Dans le cadre de notre activité professionnelle dans le monde de l’aménagement, nous sommes chaque jour confrontés à cette schizophrénie. On nous demande de faire de la concertation, d’intégrer les habitants aux prises de décisions, pour au final ne jamais prendre en compte ce qu’il en ressort. Nous, qui croyons réellement dans la participation et ce qu’elle peut apporter à des projets, nous retrouvons ainsi en première ligne, bloqués entre notre commanditaire, celui qui nous paye, et ces habitants que nous avons contribué à motiver en leur disant que « non ce n’est pas bidon, que nous allons réellement prendre en compte ce qu’ils disent ». Nous créons des frustrés, des gens qui ont eu de l’espoir et qui sont aujourd’hui dégoutés par la politique. On en vient ainsi à se demander si on ne serait pas devenus nous-mêmes des idiots utiles du système, des personnes manipulées pour faire appliquer les pseudos directives de l’État. Et qui en assumons les conséquences chaque jour parce que nous sommes nous, contrairement à eux, en face des habitants.

 

Quand les campings prennent en compte le paysage

Posted by on 4/12/2015 in Paysage | Commentaires fermés sur Quand les campings prennent en compte le paysage

Quand les campings prennent en compte le paysage

En fonction de l’attractivité touristique d’un territoire et de son climat, les campings sont plus ou moins nombreux. Mais dans tous les cas, ils ont un impact fort sur le paysage parce qu’ils occupent une part importante de celui-ci par leur surface au sol et qu’ils sont composés d’éléments construits individuels nombreux et juxtaposés. Leur gestion est parfois intensive ce qui peut impacter l’environnement aux alentours ou tout du moins ne pas contribuer à l’améliorer. Mais ils sont aussi un vecteur de valorisation des paysages puisque comme tous les autres types d’hébergements, ils sont souvent le point de départ de la découverte d’un territoire.

 

L’aménagement paysager d’un camping est donc primordial pour le territoire qui l’accueille.

 

Vu de l’extérieur

 

  • Les entrées

L’entrée principale doit être clairement identifiée mais l’accumulation des équipements : signalétique, accès voiture, accès piéton, stationnement, panneaux d’informations et bâtiment d’accueil doivent être pensés ensemble pour épurer et simplifier les volumes et les lignes. Pour agrémenter l’ensemble, des éléments paysagers identitaires de la région comme les pierres locales, les végétaux de la région ou les techniques de constructions ancestrales… peuvent être employés.

 

  • La limite

Pour adoucir la limite du camping, un accompagnement végétal peut être mis en place à l’aide de haies, fleurissements, talus qu’il s’agira de positionner du côté extérieur à la clôture mais sur l’emprise de la propriété. Si un effet de transparence est recherché, opter pour une clôture adaptée au contexte (clôture agricole renforcée éventuellement) et des poteaux en bois. Si le choix du métal se fait pour les poteaux, il faudra préférer des traitements inox plutôt que peints. La hauteur des clôtures doit être suffisante pour limiter les intrusions non désirées mais doit être raisonnable pour conserver une atmosphère agréable, 1,50 m semble être un maximum.

 

  • La vue sur les équipements

Pour ne pas être trop impactant dans le grand paysage, les équipements construits (mobil-homes, HLL…) doivent être positionnés plutôt en retrait des vues extérieures et être traités dans des tons dé-saturés pour ne pas contraster avec le paysage alentour. Il s’agit du beige, du gris, des marrons, en évitant le blanc et les couleurs trop vives. Ce principe est à adapter au contexte local.

 

Vu de l’intérieur

 

  • Le paysage alentour

Rechercher, à l’extérieur du camping, les vues intéressantes et les maintenir ouvertes depuis l’intérieur pour faire apprécier le contexte. Ne pas ceinturer systématiquement le camping d’une haie. Installer des bancs ou des tables de lecture pour valoriser les points de vue. Mettre en scène des vues lointaines par des structures paysagères ou architecturales (arches, allées…).

 

  • Les connexions

Se connecter aux cheminements externes en les prolongeant à l’intérieur du camping. Indiquer les possibilités de promenade à partir du camping sans voiture. Permettre les sorties piétonnes indépendantes de l’entrée principale carrossable. Enfin la majorité de ces surfaces doivent être perméables et dans des revêtements naturels et locaux comme de la grave, des pas chinois, des platelages bois…

 

  • La pédagogie

Valoriser le patrimoine paysager alentour avec une présentation du territoire sous forme de panneau, de dépliant, de livret… Installer des panneaux pédagogiques thématiques dans le camping, qui agrémenteront une promenade (panneau sur une plante typique, sur un animal protégé, sur une technique de construction ancienne…). Prêter des kits de naturaliste pour inciter à aller découvrir les alentours (jumelles, loupes, guide de reconnaissance des oiseaux ou de la flore…).

 

A l’intérieur

 

  • S’inspirer du local

Conserver tant que possible des éléments végétaux existants sur le site. Rechercher dans le paysage local les essences locales et les formes traditionnelles (haie basse, haie haute, bosquet…). Varier le type de limite des emplacements en introduisant ponctuellement des clôtures en bois local ou en pierres locales. Le mobilier (bancs, tables) peut aussi être fabriqué en matériaux locaux avec des artisans du territoire.

 

  • La gestion écologique

Opter tant que possible pour des matériaux perméables même pour les chaussées. Prévoir une gestion différenciée en fonction aussi de la saisonnalité. Certaines surfaces peuvent se limiter à des fauches ponctuelles en fonction de l’utilisation des surfaces selon les saisons. Des abris pour la faune sauvage (oiseaux, insectes…) peuvent être installés et expliqués par des panneaux et un livret. Encourager le compostage par la mise en place d’un composteur collectif et d’un mini-potager collectif. Mettre en place des récupérateurs d’eau de pluie pour l’arrosage de certains massifs et limiter l’arrosage sur le reste des surfaces. Installer des luminaires orientés vers sol et des détecteurs pour ne pas maintenir l’éclairage toute la nuit près des emplacements.

 

 

En suivant une approche paysagère pour la gestion des campings, ces équipements peuvent devenir des lieux plus harmonieux avec leur environnement et peuvent offrir des ambiances plus qualitatives. Ce type de gestion moins intensive et tournée vers le local réduit aussi les coûts d’aménagement et d’entretien.

Vers une gestion forestière différente ?

Posted by on 24/09/2015 in Forêt | Commentaires fermés sur Vers une gestion forestière différente ?

Vers une gestion forestière différente ?

Vous avez certainement déjà entendu quelques personnes vous dire « On ne nourrira pas la planète avec du bio ». Ce genre de phrase, en plus de n’avoir aucun fondement, est en réalité la conséquence d’un travail abouti des lobbys agro-alimentaires qui continuent de nous faire croire que seules leurs méthodes de production sont sérieuses et permettent d’arriver à des rendements satisfaisant…

Et bien figurez-vous que c’est la même chose dans le milieu forestier. Pendant longtemps, on a dit de la forêt française qu’elle était sous-exploitée, mal entretenue, peu valorisée. Ces dernières années, et avec le développement des théories sur le changement climatique, le regard sur la forêt a un peu changé. Dans ce contexte, ses vertus sont nombreuses :

– Elle stocke le carbone et permet de lutter contre l’augmentation du CO2 dans l’atmosphère

– Elle constitue une alternative aux matériaux non durables de la construction, ce qui est intéressant dans une logique de raréfaction de certaines ressources et notamment du sable pour la fabrication du béton.

– Elle est une énergie valorisable sous différentes formes : bois-bûche, copeaux, plaquette, etc.

Bien évidemment, les grands industriels, et notamment du secteur énergétique, se sont empressés d’en vanter les vertus et de développer de nouveaux types de projet. Sauf que comme d’habitude, la volonté de profit est plus forte que le reste. Et plutôt que de penser la ressource et son exploitation de manière raisonnable et durable, on imagine les choses en grand. Les unités de production d’énergie à partir de bois nécessitent pour fonctionner d’avaler des tonnes et des tonnes de bois. Ce que la forêt française, importante en surface mais peu entretenue et valorisée dans son ensemble, ne pourra pas absorber. On ira donc rapidement chercher du bois en Scandinavie ou ailleurs afin de remplir nos usines à produire de l’énergie. Peu à peu, et là encore les similitudes avec l’agriculture sont importantes, la filière-bois s’organise pour répondre à ces besoins industriels. Et là ou l’agriculture a fait sa « révolution verte » (sic) – comprendre fertilisants et pesticides pour les dégâts que l’on sait – la forêt rentre désormais dans une logique de production industrielle.

Avec cette logique, c’est la notion même de forêt qui disparaît, au profit du terme plus judicieux de « plantation ». La plupart de celles-ci datent des années 60. A cette époque, l’État encourage à planter des hectares de bois principalement pour l’usage de la construction. Certaines régions, notamment l’Auvergne et le Limousin (cf « Le Canada français » cher à Jacques Chirac), sont ainsi massivement plantés. Cinquante ans plus tard, la plupart de ces plantations sont arrivées à maturité. Et c’est là que la catastrophe intervient : la coupe rase. La coupe rase consiste à abattre l’ensemble des arbres d’une parcelle. S’ensuit généralement un dessouchage et la création d’andains (amoncellement de branchages et de souches), puis généralement la replantation avec la même essence en monoculture. Certains de nos grands experts forestiers ont généralement le même discours avec la coupe rase que le président de la FNSEA avec l’agriculture intensive : c’est efficace, ça produit beaucoup, le travail peut se faire mécaniquement, ce qui nous permet de travailler de très grandes surfaces avec le moins d’être humains possible et d’être super rentables. Je ne sais pas si vous avez déjà vu une abatteuse dans une plantation… attention, ça décoiffe ! Et puis surtout, vous êtes bien mignons avec vos techniques alternatives mais ce n’est pas ça qui suffira pour atteindre la production attendue… Ah le progrès, c’est fascinant !

Et pourtant, la coupe rase est une méthode de gestion profondément destructrice. D’une part pour l’environnement en massacrant en quelques heures tout un écosystème qui a parfois mis des centaines d’années à se mettre en place, mais aussi en appauvrissant les sols qui n’absorbent plus l’eau via le système racinaire et qui a souvent tendance à devenir plus aride sous l’effet du vent et du ravinement des eaux. D’autre part sur le paysage, avec un traumatisme pour de nombreux habitants de nos territoires ruraux qui voient disparaître en quelques heures plusieurs hectares de forêts auxquels ils étaient attachés. Mais le pire, c’est que la coupe rase est un non-sens d’un point de vue économique.

Sur une échelle de temps de 80 ans, la futaie irrégulière produira davantage de bois qu’une futaie régulière destinée à la coupe rase, le tout en gardant un aspect et un milieu forestier. On sait également qu’après la coupe rase, le sol est moins fertile et le terrain plus propice aux maladies. Alors que fait-on ? On traite, on apporte de l’engrais (pas bio naturellement). Et plus le sol est pauvre, plus on apporte de l’engrais, etc, etc. Mais face à ce constat plutôt critique que faire ?

Retrouver la forêt

La forêt c’est une ressource – le bois – mais pas que. La forêt, c’est un milieu naturel où se côtoient des milliers d’espèces. La forêt, c’est aussi des odeurs, des sensations, une énergie que l’on ne trouve pas ailleurs. Et pour nous les hommes, il est même possible de profiter de ses bienfaits tout en l’exploitant de manière douce et durable. Il existe une technique de gestion forestière tout à fait durable : la forêt jardinée. La forêt jardinée part du principe que toutes les essences forestières sont intéressantes tant du point de vue de la ressource que de ses qualités en termes de biodiversité. Une forêt jardinée, c’est ainsi une forêt irrégulière ou toutes les classes de diamètre sont représentées. Pour la gérer, on prélève périodiquement l’accroissement de manière à conserver un volume de bois sur pied constant et à conserver une structure d’âge équilibrée (voir schéma ci-dessus). Bien plus subtile que la coupe rase, la forêt jardinée fait appel à des compétences différentes. Là où la coupe rase fait la part belle à la machine, la forêt jardinée demande une connaissance fine des arbres. Si l’expert forestier reste souvent le décideur et celui qui procède au martelage* des arbres, le rôle du bucheron devient bien plus important. La forte hiérarchie instaurée depuis la création du corps des eaux et forêts (XIIIème siècle) entre l’ingénieur et le technicien s’estompe. Le bucheron doit effectuer ses coupes de manière très précise pour ne pas abîmer les autres arbres. Il doit avoir suffisamment de connaissances et de sensibilité pour remettre en question un martelage qu’il ne juge pas bon. Là où l’un donnait des ordres à l’autre, aujourd’hui les deux se parlent. Plutôt que le tracteur, on préfèrera l’utilisation du cheval pour le débardage ce qui a également pour avantage de moins tasser le sol et donc de moins dégrader l’environnement forestier.

Il existe donc d’autres façons de gérer sa forêt, plus propre et plus respectueuse de l’environnement. C’est à chaque propriétaire, chaque gestionnaire forestier, chaque bucheron, de prendre conscience de ce problème et d’agir dessus. La forêt est un bien commun à tous qui remplit des fonctions essentiels pour la terre et ses hommes, à nous de la protéger.

Futaie régulière* : Une futaie est dite régulière si, à l’échelle de la parcelle, tous les arbres des essences principales sont d’âge proche. Les arbres des peuplements équiens peuvent être issus de plantation, ou de régénération naturelle. Ils sont souvent de la même essence (dans ce cas, le peuplement est qualifié de « monospécifique »), mais pas toujours.

Futaie irrégulière* : La futaie irrégulière fait cohabiter sur une même parcelle des arbres d’âge et de dimension très variés. Elle peut être conduite pied à pied (on parle de futaie jardinée), par bouquets ou les 2 à la fois. Ce traitement s’appuie préférentiellement sur le renouvellement des arbres par voie naturelle. 

Martelage* : Fait de marquer un arbre pour procéder ensuite à son abattage.

Pour aller plus loin :

Associations

Pro Silva France : association de forestiers réunis pour promouvoir une gestion des forêts (sylviculture) dite « irrégulière, continue et proche de la nature ». http://www.prosilva.fr/html/

Réseau des Alternatives Forestières : association qui réunit propriétaires, experts forestiers, bucherons, scieurs, débardeurs, etc. et qui promeut une autre gestion des forêts, plus douce et plus durable. http://www.alternativesforestieres.org/

Films

PEFC, le label qui cache la forêt – Qu’y a-t-il derrière ce label mondial créé par l’industrie du bois ? De quelle gestion durable et de quelle forêt parle-t-on ?

Le cueilleur d’arbres – Lorenzo Pellegrini est bûcheron spécialisé dans le choix et la coupe d’arbres destinés à la lutherie. Agé de 85 ans, il travaille toujours et transmet son savoir à des successeurs dont le luthier de guitares Jean-Michel Capt qui à inventer la table d’harmonie

 

De la ferme au paysage permaculturel

Posted by on 15/09/2015 in Agriculture, Paysage | Commentaires fermés sur De la ferme au paysage permaculturel

De la ferme au paysage permaculturel

La ferme du Bec-Hellouin

 

Dernièrement, nous étions en visite à la ferme du Bec Hellouin. La ferme du Bec Hellouin, c’est une ferme maraîchère créée en 2003 et située dans le département de l’Eure. C’est une sorte d’oasis, perdu dans les terres normandes. Le site principal est relativement petit (1,2 hectares) mais semble beaucoup plus vaste. Chaque centimètre carré de cet espace semble dédié à la production de fruits et de légumes. On y trouve de tout : choux, carottes, radis, courges, melons, pommes, poires, abricots, pêches, etc etc (l’inventaire serait trop long…). En plus de cet aspect productif, le site est beau dans ses différents lieux : le jardin Mandala tout en rondeur, la forêt-jardin et ses différentes strates productives, l’île jardin entourée… d’eau. Le Bec Hellouin, c’est un peu le jardin d’Eden mais sans serpent… Une véritable harmonie se dégage du site comme si l’homme tirait le meilleur de cet espace, et que la nature s’y exprimait pour révéler toute sa beauté.

 

Dès le départ de la visite, Charles, le propriétaire des lieux, nous présente le projet et ses principes. Au bout de quelques secondes, le mot est lâché ; « permaculture ». La permaculture est un concept aux multiples déclinaisons mais si on devait définir le mot simplement, voilà ce que Charles nous suggère : « La permaculture, c’est prendre la nature comme modèle et chercher à l’imiter. ». Alors là, on cherche, on se dit prendre la nature comme modèle, ça fait bien longtemps qu’on a du mal à savoir comment on fait. Plusieurs siècles de rationnalisme et de modernité nous ont justement peu à peu appris à nous séparer de la nature, à la dominer, à l’aménager à tout va en la respectant toujours un peu moins. Alors forcément, « prendre la nature pour modèle », pour un jeune urbain de moins de 30 ans en 2015, c’est pas la chose la plus facile à faire. Mais bon, on va quand même essayer. Alors voilà ce que nous on en comprend de la permaculture. La nature, c’est un tout, ce sont des milliards d’interaction entre des espèces, des énergies. On voit bien la différence entre un champ beauceron et une forêt primaire. Dans le premier, une culture qui s’étend à perte de vue de manière monotone. Dans le second, des hauteurs, des couleurs, des bruits d’animaux. Dans le premier cas, une impression de vide, de nudité. Dans le second une impression de densité, d’abondance.

 

Dans la permaculture, tout interagit, le tout est plus que la somme des parties dans le sens ou chaque élément agit en interaction avec les autres éléments du système et que le résultat de cette interaction est plus fort que le résultat de chaque élément pris séparément. Une sorte de solidarité qui assure la pérennité de la nature et la biodiversité dans son sens premier, la grande diversité des espèces.

 

Nous ne reviendrons pas ici sur la permaculture appliquée au jardin, il existe une littérature abondante sur le sujet, nous n’y apporterions pas grand chose. En revanche, une question nous taraude à l’issue de notre visite, comme appliquer les principes de la permaculture au paysage, ou plus vulgairement comment « permaculturer » le paysage ?

 

 

« Permaculturer le paysage » ?

 

La permaculture est avant tout un concept, soit une représentation générale et abstraite de la réalité d’un objet, d’une situation ou d’un phénomène. A un cadre conceptuel général et abstrait correspond sûrement une concrétisation dans l’espace en gardant les principes de la permaculture que sont le respect des hommes et de la nature, et le partage des ressources. Aujourd’hui l’idée de permaculture est largement répandue et de plus en plus adoptée, le plus souvent associé au jardin dans une pratique d’autosuffisance alimentaire. Mais si la permaculture est un principe elle peut s’appliquer à d’autres systèmes, s’adapter à d’autres conditions et s’étendre à plusieurs échelles.

 

Pourquoi au paysage ? Les principes de la permaculture peuvent tendre vers une philosophie, vers un art de vivre à l’ensemble d’un territoire. Non pas vu comme un modèle mais plutôt comme un paradigme au sens où ils deviennent une représentation du monde, une manière de voir les choses. Un paradigme avec ses lois que sont celles de la nature et de l’environnement préexistant à l’établissement humain, afin de créer un système complexe dans lequel chaque élément a son rôle à jouer dans le système, et est bénéfique pour celui-ci. Dès lors qu’une représentation du système permacole est possible, ce dernier devient représentable et donc spatialisable. Et si on parle d’espace, alors on peut parler de paysage.

 

Le paysage est un tout. Il englobe le relief, l’histoire des implantations humaines, la géomorphologie, les écosystèmes, la biogéographie mais aussi le sens du lieu et les perceptions que l’on en a. Le paysage s’appréhende dans l’espace et à travers le temps. Il est la représentation concrète de l’implantation et du développement des hommes dans un espace donné. Son analyse s’organise autour de grandes thématiques aujourd’hui maîtrisées par différents secteurs, pour schématiser, l’urbanisme d’un côté, les « espaces naturels » de l’autre. Des activités qui se traduisent en termes d’occupation du sol en relations plutôt « conflictuelles » : absence de transition d’un espace à un autre, terres conquises ou gagnées sur une autre activité, abandon d’une pratique et enfrichement des parcelles, relations brutales entre deux mondes, (ruraux VS urbains). Bref l’espace de nos villes et de nos paysages ne se fait pas toujours de la manière la plus pacifique qui soit, et ne reflète pas une relation d’équilibre et d’harmonie entre les différentes composantes du système.

 

« Permaculturer » le paysage, c’est d’abord trouver un équilibre entre les choses, opter pour un système duquel émane une harmonie, une cohérence (du latin cohaereo être attachés ensemble). Une vision systémique dans laquelle tous les éléments seraient pensés pour être efficaces, productifs dans le respect des hommes et de la nature.

 

Mais concrètement, ça donnerait quoi un paysage « permaculturé » ?

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Ce ne seraient plus de grandes monocultures qui occuperaient le territoire mais des productions permacoles de types maraîchères-fruitières.

 

Ce ne serait pas un lotissement accolé à un champ avec un sol imperméable et une raquette pour faire demi-tour au centre. Ce ne serait pas des constructions dont les matériaux ne disent rien des ressources locales mais un quartier, un village, un ensemble de maisons ou un bourg en relation directe avec les productions, bénéficiant d’une proximité favorable. S’il y a proximité entre lieux de vie et lieux de production, l’échange entre les deux serait plus évident, la connaissance et la transmission serait réinjectée dans nos sociétés. Le fait que la production agricole soit réservée à une partie de la société se reflète sur le territoire dans la manière que l’on a de la conduire: dépensière, énergivore, monospécifique et non soutenable et qui plus est, compréhensible que par la partie de la société éduquée à la comprendre. Or, l’alimentation concerne tout un chacun, puisque c’est notre énergie vitale et qu’elle façonne nos paysages.

Ce serait une architecture qui prendrait en compte les ressources locales pour sa construction, qui ne laisserait pas de trace après sa désinstallation et surtout une architecture qui ne pollue pas. Ce serait une implantation des villages, des bourgs, des maisons qui répondrait au principe permaculturel de logique d’emplacement, judicieux et efficace, sans perte d’espace inutile, bien pensé dans son implantation propre et en relation au reste.

 

Un paysage « permaculturé » résoudrait de manière intelligente la répartition des espaces entre ville et campagne en favorisant les interrelations, les interfaces et les échanges entre les deux, ils ne seraient pas séparés mais en constante relation. Les espaces publics seraient pensés avec l’établissement des villes et non après afin qu’ils puissent être fonctionnels et participer à la gestion globale de la commune, du hameau, du bourg… Dans le paysage « permaculturé » la gestion de l’espace et du temps seraient pensés ensemble afin qu’avec le temps cet espace devienne de plus en plus fertile, abondant et équilibré. La taille, l’élagage, la fauche, l’entretient de tout ces espaces publics pourraient alimenter le compost de la commune, participer au développement des ressources soutenables, fournir de l’énergie mais aussi de la matière organique pour la commune, le bourg, le groupe.

 

Un paysage « permaculturé » ne serait plus imperméabilisé. Les circuits courts, le local, les échanges, l’intégration de nos espaces publics dans le dessin de nos bourgs seraient autant d’éléments visant à réduire les surfaces d’enrobé, de béton et d’asphalte que l’on déverse irréversiblement sur nos terres.

 

Un paysage « permaculturé » ne serait plus un paysage canalisé car nous accueillerions l’eau telle qu’elle est et nous ne chercherions plus à la maîtriser, mais à s’installer intelligemment face à cet élément qui peut-être dévastateur s’il est mal compris.

 

Un paysage « permaculturé » serait un paysage où la gestion ne porterait plus sur des « espaces verts » mais sur des espaces naturels où la biomasse produite par ces espaces collectifs, publics ou privés pourrait être réutilisée pour l’ensemble de la commune, du bourg ou du groupe en filière bois énergie ou bois d’œuvre. Les « espaces verts » ne seraient plus tondus et retondus mais fauchés avec une gestion différenciée où le jardin en mouvement et le tiers-paysage pourraient prendre leur place (cf. Gilles Clément http://www.gillesclement.com/cat-tierspaysage-tit-le-Tiers-Paysage, http://www.gillesclement.com/cat-mouvement-tit-Le-Jardin-en-Mouvement). Les espaces naturels du paysage « permaculturé » seraient à portée de main car préservés. La densification des cultures grâce à l’efficacité de la permaculture permettrait de laisser se développer beaucoup plus d’espaces naturels non consommés puisque la taille des exploitations permacoles seraient beaucoup plus réduite.

 

Un paysage « permaculturé » ne serait plus un paysage où l’agriculture dessine les paysages mais où les systèmes de productions régénératifs l’auraient remplacée, des systèmes efficaces, productifs, locaux, soutenables qui ne nourrissent non pas la planète mais le groupe de personnes assigné à un système de production.

 

Un paysage « permaculturé » ne serait plus un paysage sectionné mais un complexe de diversité et d’échanges entre production alimentaire, qualité des sols, qualité de l’eau, biodiversité, stockage du carbone, abondance et respect de la vie où tout être vivant profite des autres et est bénéfique aux autres.

Un paysage « permaculturé » serait un paysage de forêts-jardinées, de diversité et d’équilibre.

 

L’équilibre agro-sylvo-pastoral tel que le pratiquait les anciens reposait sur une vision globale de l’équilibre des systèmes et ne spécifiait pas les catégories. Un des enseignements que la permaculture apporte est que la connexion entre les éléments est plus importante que les éléments eux-mêmes et que le tout est plus que la somme des parties. Ainsi, on comprend aisément que trop catégoriser les choses va à l’encontre de l’interaction nécessaire entre les éléments.

 

La permaculture prend le modèle de la forêt et le fonctionnement de la nature et de ses écosystèmes. Appliqué à la ville, à l’urbanisme, au paysage le modèle de la forêt donnerait comme grands principes que toutes les ressources soient réutilisées en interne, selon un cycle fermé duquel chaque énergie prélevée est replacée dans l’environnement, ainsi qu’une non accumulation des déchets car réutilisés pour autre chose. Ces deux principes renvoient également à la notion de proximité et donc d’une échelle maîtrisable, appréhendable par l’homme.

 

Pour conclure

 

Le paysage « permaculturé » pourrait être vu comme une base philosophique sur laquelle pourrait s’appuyer l’établissement de nos conditions de vies. Conditions qui tiendraient compte de celles préexistantes dans la nature et qui ne feraient que s’y adjoindre sans les entraver. Un retour à des conditions de vies à des échelles de temps et d’espaces plus humaines. Humaines pour comprendre ce que l’on fait, comment on le fait, pourquoi on le fait et être capable de le transmettre à son prochain.

 

Merci à Oriane d’avoir nourri nos réflexions.

 

 

 

 

 

 

Les arbres têtards, encore des arbres ?

Posted by on 2/07/2015 in Agriculture, Non classé, Paysage | Commentaires fermés sur Les arbres têtards, encore des arbres ?

Les arbres têtards, encore des arbres ?

Le bocage est une forme d’aménagement de l’espace agricole qui enclôt les champs et les prés par des levées de terre sur lesquelles poussent des haies ou des rangées d’arbres.

Les haies bocagères avaient de nombreuses utilités :

  • Délimitation des propriétés
  • Production de bois de chauffage
  • Production de bois d’aménagement (clôtures, vannerie, outils…)
  • Production alimentaire et médicinale
  • Production de litière animale
  • Production pour la construction (poutre, chaume…)
  • Barrière naturelle contre le vent
  • Abri pour les troupeaux

Pour répondre à ses besoins, chaque région a ainsi développé des techniques spécifiques d’exploitation des haies. En Bretagne, c’est la taille en « têtards » qui a marqué pendant longtemps les paysages. Aujourd’hui, la plupart de ces arbres ne sont plus entretenus, dépérissent, voire sont déjà morts.

La taille en têtard, qui remonte au Moyen-Age, consiste à étêter (couper à quelques mètres de hauteur toutes les branches au plus près du tronc ainsi que toutes les branches situées le long du tronc) tous les 8 à 10 ans des hêtres, saules, chênes, charmes… Cette taille provoquait l’apparition de boursouflures qui lui donnent son nom. Les branches prélevées étaient destinées au chauffage, à la vannerie ou au fourrage. Selon les régions, les noms diffèrent. On les appelle ainsi truisse, chapoule, ragosse, trognard ou trogne. En fonction des contextes, la taille est opérée plus basse ou parfois très haute.

Tetard

Le bocage a beaucoup souffert de l’intensification agricole. Si l’impact sur la trame verte, sur l’érosion, sur la qualité des herbages ou sur le paysage est important, il existe aussi un impact plus social et patrimonial. Il s’agit d’une perte de savoir faire et d’usages qui s’exprimait à travers son exploitation. Dans la seconde moitié du XXème siècle, les usages liés aux arbres têtards ont ainsi été progressivement  abandonnés. Le développement des sources d’énergie fossile et de l’électricité, et l’importation du bois depuis l’autre bout de la planète ont rendu cette technique obsolète dans de nombreux territoires. La mécanisation croissante de l’agriculture et les différents remembrement ont également détruit de nombreuses haies bocagères et les arbres têtards qui les structuraient.

Aujourd’hui, l’arbre têtard semble en plein renouveau. On redécouvre peu à peu les vertus de cet élément de paysage qui joue un rôle autant social (identité paysagère d’un territoire, utilisation de la ressource en bois), qu’environnemental (rôle dans la trame verte et les continuités écologiques). Par ailleurs, la fin programmée des énergies fossiles et la valorisation croissante des sources d’énergie renouvelable redonnent un intérêt énergétique et économique au bocage et à son exploitation régulière.

Au-delà de ses usages et de son caractère identitaire, l’arbre têtard est également un excellent support pour débattre autour de l’écologie et des différentes conceptions de la nature. Si les plus anciens et les plus ruraux n’ont aucun problème avec la taille en têtard, les jeunes (et les urbains) ont presque tendance à considérer ce type de taille comme une maltraitance infligée à l’arbre. Pour eux, la nature doit être la plus libre possible et ne doit pas être entretenue. Cet exemple est ainsi révélateur de l’évolution des mentalités et de ce que l’on considère être « l’écologie ». Dans la société paysanne traditionnelle, l’écologie (pas forcément conscientisée) consistait à penser l’homme et la nature comme un ensemble. L’homme s’adapte à son environnement, et prélève à la nature ce qui lui est nécessaire pour vivre. Avec le développement de la modernité, de la consommation de masse et de la mondialisation, on assiste à un glissement de cette notion d’écologie. Aujourd’hui, l’acception contemporaine du mot renvoie davantage à la protection et à la mise sous cloche des espaces naturels. On doit absolument laisser la nature se développer, ne pas y toucher, ne pas la prélever.

Derrière cette conception à géométrie variable de la nature, c’est également une évolution des paysages identitaires qui se jouent. En effet, un arbre têtard non entretenu et/ou renouvelé risque de se développer de manière trop importante, risquant l’effondrement du talus, menaçant ainsi le paysage bocager pourtant si caractéristique d’un certain nombre de régions françaises.

Et vous alors, pour ou contre le têtard ?

 

Pour en savoir plus : http://afac-agroforesteries.fr/

 

La publicité agresse nos paysages

Posted by on 24/02/2015 in Espace public, Non classé, Paysage | Commentaires fermés sur La publicité agresse nos paysages

La publicité agresse nos paysages

La publicité est partout ! Qu’elle nous soit imposée à l’ouverture d’une page internet, qu’elle vienne couper un film en plein suspens, qu’elle interrompe une émission sur la radio, qu’elle remplisse notre boîte aux lettres, qu’elle nous assomme sur le quai du métro, qu’elle nous harcèle à l’arrivée dans une agglomération ou à tout instant dans un centre-ville, elle ne nous laisse aucun répit.

Et même si on se sent assez fort pour résister et l’ignorer, on ne peut que s’inquiéter de voir les entreprises investir autant d’argent  : 3 milliards d’euros dépensés en 2012 pour les dépenses publicitaires… C’est que, finalement, ça doit marcher et influencer notre mode de consommation. Sinon, pourquoi tout ça ?

Mais après tout, est-ce si dérangeant ? Pour ceux qui s’appuient sur la recherche des neurosciences : oui, parce que la publicité manipule un ensemble de régions du cerveau qui fait intervenir l’émotion dans la prise de décision, souvent de manière inconsciente. Pour ceux qui défendent  la qualité des paysages : oui, parce que la publicité dénature l’authenticité d’un village ou d’une vue ou encore banalise toutes les entrées d’agglomérations. A chacun de se prononcer. Nous nous intéresserons ici à la question du paysage.

Mais en attendant, il y a des réglementations qui nous protègent.

Les lois du 27 janvier 1902, du 20 avril 1910, du 30 octobre 1935, du 12 avril 1943, du 29 décembre 1979, du 12 juillet 2010 et du 30 janvier 2012 ont peu à peu élargi la réglementation de la publicité de la protection de patrimoine historique, à celle de la protection des paysages et des sites jusqu’à la lutte contre la pollution visuelle et la réduction de la facture énergétique. Ces réglementations portent sur les conditions d’implantation et de format : densité par rapport au nombre d’habitants, distance par rapport à l’espace public, orientation sur la parcelle, hauteur du dispositif, surface consacrée à la publicité…

Ces textes induisent des procédures de déclarations : autorisation préalable ou déclaration préalable comprenant une autorisation écrite du propriétaire. Le dispositif doit comporter l’identification de la société d’installation qui doit assurer l’entretien. Ces lois établissent un certain nombre d’interdictions.

La publicité est donc interdite :

  • sur les immeubles classés parmi les monuments historiques ou inscrits à l’inventaire supplémentaire (liste disponible sur la « Mérimée »),
  • sur les monuments naturels et dans les  sites classés,
  • dans les coeurs des parcs nationaux et les réserves naturelles,
  • sur les arbres,
  • et sur arrêté municipal : sur les immeubles présentant un caractère esthétique, historique ou pittoresque.

Mais elle est aussi interdite sauf dérogation dans le cadre d’un Règlement de Local de Publicité (RLP) :

  • dans les zones de protection délitées autour des sites classés ou autour des monuments historiques classés,
  • dans les secteurs sauvegardés,
  • dans les parcs naturels régionaux,
  • à moins de cent mètres et dans le champ de visibilité des immeubles classés ou inscrits,
  • dans les ZPPAUP ou AVAP,
  • dans les aires d’adhésion des parcs nationaux,
  • dans les zones spéciales de conservation et dan sels zones de protection spéciales (Zones Natura 2000).

Le non respect de la réglementation et des interdictions peut entraîner des mesures de polices, des sanctions administratives et des sanctions pénales le tout pouvant entrainer des amendes. Mais au préalable, un procès-verbal de constat d’infraction doit être adressé à la société en charge de l’installation.

Voici un guide qui reprend cette réglementation précisément :

http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/guide_pratique_-_la_reglementation_de_la_publicite_exterieure-2.pdf

A la lecture de toute la réglementation qui concerne la publicité et de la démarche administrative à faire pour s’attaquer à un panneau, on peut comprendre que les maires  et les préfets ne s’attaquent pas au sujet. Même l’association « Paysages de France » n’a mené à bien que 58 condamnations depuis 1997.
Et puis, il ne faut pas oublier que les communes touchent la taxe locale sur la publicité et les enseignes et que la plupart des abris-bus sont installés et entretenus gratuitement par les installateurs qui apposent de la publicité sur leur équipement…
Pourtant il est possible d’échapper à la publicité au moins dans l’espace public.
Pour les entreprises locales et les services, il y a des dispositifs légaux et efficaces : La Signalisation d’Information Locale et de Relais d’Informations Services.
La SIL intervient sur les enseignes (inscription apposée sur un immeuble et relative à une activité qui s’y exerce) et aux préenseignes (inscription indiquant la proximité d’un immeuble où s’exerce une activité déterminée).
Ces préenseignes comportent des dérogation même en secteurs d’interdiction :
  • les activités utiles pour le personnes en déplacement (garage, stationnement, hôtel, restaurant)
  • les activités liées à des services publics ou d’urgence
  • les activités en relation avec la fabrication ou la vente de produits du terroir
  • les activités s’exerçant en retrait de la voie publique
  • la proximité de monuments historiques classés ou inscrits, et ouverts à la visite.

Le RIS est un panneau qui localise sur une carte du territoire les différents services, commerces, hébergements, restaurants, sites touristiques… avec leur coordonnées et parfois horaires d’ouverture. Ces dispositifs contiennent de plus en plus souvent des QR codes qui renvoient aux sites internet des différentes entreprises.

Pour le mobilier urbain (abri-bus, colonne, kiosque…) certaines communes refusent de passer par des entreprises qui imposent la publicité.

La ville de Grenoble a commencé en ne reconduisant pas son contrat avec l’entreprise de publicité sur mobilier n°1 du secteur et s’est engagée à remplacer ces 300 panneaux publicitaires par des arbres et 300 points d’affichage libre pour les informations culturelles et associatives ou de l’expression d’opinion.
D’autres communes appliquent simplement la loi.
Au Brésil, de grandes villes comme Sao Paulo ont tout simplement fait démanteler des millions de panneaux publicitaires illégaux sous peine d’amendes importantes.
Plusieurs Parcs naturels régionaux dont celui  des Montagnes de Reims réalisent des guides à destination des élus comportant des modèles type de courriers et procédures. Des chargés de mission sont parfois en charge d’accompagner les élus dans leurs démarches.
Un exemple de guide :
Parfois ce sont les citoyens qui agissent.
  • L’association Paysages de France agit pour faire respecter la réglementation sur l’affichage publicitaire,
  • L’association Résistance à l’Agression Publicitaire (RAP) informe sur les effets néfastes de la pub (ex : autocollants « Stop pub »,
  • Les Reposeurs déposent des papiers repositionnables sur les affiches pour interpeller,
  • Les casseurs de pub dénoncent la surconsommation et militent entre autre pour la rentrée sans marques,
  • et bien d’autres qui agissent illégalement mais dont l’action est parfois reconnu par les tribunaux au titre de « l’état de nécessité ».

Les moyens sont donc là pour libérer notre cadre de vie et les paysages de ces agressions tout en permettant à l’économie locale d’être valorisée. Il faut juste lutter contre l’habitude.

Sources d’inspiration : L’âge de faire n°82

 

 

 

 

Accueillir la biodiversité dans une exploitation céréalière

Posted by on 8/01/2015 in Agriculture, Non classé | Commentaires fermés sur Accueillir la biodiversité dans une exploitation céréalière

Accueillir la biodiversité dans une exploitation céréalière

Une exploitation agricole céréalière couvre des surfaces de plus en plus importantes entre 100 et 150 hectares dans les régions céréalières pouvant atteindre 1000 ha lorsqu’il s’agit de terres exploitées à façon, c’est-à-dire par des entreprises extérieures. Face aux enjeux de Trame Verte et Bleue, ces surfaces, généralement dénouées de tout élément paysager, représentent un enjeu fondamental pour recomposer des continuités écologiques.

Loin de la volonté de restaurer des bocages, qui, sur certains territoires,  n’ont parfois jamais existé, certains céréaliers ont su mettre en place des dispositifs pour accueillir la faune sauvage tout en respectant les caractéristiques paysagères locales.

Les exemples sont nombreux et souvent aisés à mettre en place. Chaque exploitant peut choisir dans cette liste d’actions celles qui conviennent à leur pratique et à leur site.

Diviser les parcelles

En limitant la taille des parcelles à 15 ha, par exemple, on augmente le nombre d’interface entre deux cultures et on réduit les distances à parcourir pour les insectes à la recherche d’un refuge. Ces interfaces entre deux cultures sont, à minima, composées d’herbe puisque non labourées, éventuellement, d’un fossé, d’un chemin ou d’une haie. Tous ces composantes constituent un refuge pour la faune sauvage.

Diversifier les cultures

La plupart des exploitations céréalières comptent 4 à 6 cultures différentes ; blé, orge, colza, maïs, tournesol… Alors qu’une quantité importante de cultures existe et permet de varier les dates de floraison, de travail du sol, de fructification… Cette diversité impacte directement la biodiversité. Quelques exemples de cultures à introduire : lin, féverole, triticale, luzerne, soja, lentille, pois, betterave sucrière, plantes médicinales et aromatiques… Sans parler des variétés anciennes de semences…

Fixer l’azote

Pour échapper à l’usage de produits chimiques dans le sol, il faut maîtriser son taux d’azote en augmentant, par exemple, la part de légumineuses qui fixe l’azote. Pour un apport supplémentaire en fertilisants, les déchets verts locaux peuvent être employés (broyât de l’entretien de haies, résidus de récolte…).

Réduire les labours

Les labours répétés et de plus en plus profond cassent le système vivant du sol et réduit sa capacité de régénération. Des techniques de non-labours par paillage au BRF ou semis combinés avec des cultures mâtures sont expérimentées de plus en plus largement au travers le monde pour lutter contre la disparition du sol.

Planter des haies

haieWeb

Les haies restent le support le plus aisé à mettre en place par son aspect linéaire et efficace pour la biodiversité. Il faut compter 1500 plants pour 500 ml de haies sur plusieurs rangs et en quinconce. Les essences devront être locales et variées en nombres d’espèces différentes avec quelques arbres haute tige. L’entretien doit permettre de produire du broyât pour couvrir les sols ou du bois énergie.

Planter des arbres isolés

Souvent implantés en limite parcellaire, les arbres isolés permettent aux oiseaux et chauve-souris de se percher. Noyers, chênes, fruitiers… étaient souvent employés par le passé.

Planter des bosquets

Localisés sur des espaces particuliers ; pente, pointe de parcelles, dénivelé… le bosquets jouent le même rôle que les haies. Ils sont plus facilement composés d’arbres que d’arbustes mais leurs lisières doivent être entretenues régulièrement.

Gérer les lisières forestières

Une lisière intéressante pour la biodiversité est composée de trois strates ; arborée, arbustive et herbacée. Or le développement naturel tend à toujours aller vers le stade arboré. Pour maintenir ces trois strates, il faut régulièrement (tous les 5 à 8 ans) prélever des arbres et recéper les arbustes pour repousser la lisière. Il est bon de procéder par poche pour obtenir une alternance dans le linéaire. L’extraction peut servir au bois énergie, au bois d’oeuvre et au broyât.

Créer des bandes enherbées

bandeenherbeeWeb

Profitant des interfaces entre les parcelles, des bandes semées de 55% de graminées (ex : Pâturin des près, Dactyle aggloméré, Ray-grass, Fétuques…) et de 45 % de dicotylédones (ex : Sainfoin, Petite primprenelle, Lotier corniculé, Luzerne lupuline, Fenouil cultivé, Trèfle des près, Trèfle rampant…) peuvent être implantées tous les 300 mètres et faire 6.00 mètres de large minimum. Elles ne doivent pas être circulées, leurs bords doivent être relevés à la charrue tous les ans et la bande doit être fauchée une fois par an (septembre).

Entretenir les chemins

Les chemins enherbés sont propices à la faune sauvage grâce aux ornières parfois en eau et aux flaques de boue. Pour améliorer ce refuge, il faut maintenir des bas-côtés fauchés qu’une fois par an (septembre).

Mettre en place des prairies 

Laisser des surfaces non labourées gérées en prairies fauchées avec une fauche tardive (septembre) et exporter tous le produits de la fauche. Etudier la possibilité de compléter le cortège floristique avec un semis sans labour.

Installer des piquets et nichoirs à rapaces

Les rapaces sont des alliés important dans la lutte contre les ravageurs des cultures. La mise en place de piquets en bois d’environ 1.00 m de haut sur des bandes enherbées offre aux rapaces des points d’observation. L’installation de nichoirs dans les granges favorisent les lieux de nidification des rapaces diurnes et nocturnes.

Creuser des mares

Les points d’eau ont souvent disparu au fil des labours. Or il est déterminant pour la faune sauvage de disposer de lieux pour s’abreuver et d’avoir des habitats propices pour la faune aquatique (grenouille, triton, libellules…). En fonction de la nature du sol, une simple excavation du sol perméabilité ou non avec des pentes douces de quelques mètres carré est bénéfique. Il s’agit d’en assurer l’entretien tous les 5 à 8 ans pour limiter le développement de la végétation et l’envasement (intervention de novembre au printemps sans toucher au end de la mare).

Restaurer les fossés ouverts

Les fossés sont un lieu de circulation et de ressource en eau important pour la faune. Il s’agit de ne pas les buser ou de les restaurer et ne les faucher tardivement (septembre).

Planter des vergers

VergerWeb

Les arbres fruitiers, en plus d’offrir des fruits pour la consommation, sont particulièrement intéressants pour les insectes butineurs et le oiseaux.

Installer des refuges à insectes et des ruchers

Des hôtels à insectes composés d’éléments végétaux creux et des ruches installés à l’abri du vent peuvent favoriser la pollinisation des cultures.

Conserver des arbres vieux et morts

Ces arbres offrent un gîte de grande qualité pour de nombreux espèces d’insectes, d’oiseaux et de petits mammifères.

Préserver la flore sur les murs

La flore sauvage des murs est rare, il faut la laisser se développer tant qu’elle n’atteint pas qualité de l’ouvrage.

Monter des murets en pierre sèche ou des tas de bois

muretWeb

Quelques mètres linéaires  de muret composé de pierres récupérés dans les champs ou des tas de bois empilés avec une face abritée et l’autre exposée au soleil permet aux reptiles de trouver un refuge.

 

Pour vérifier l’efficacité des ces dispositifs, il est intéressant de mener des inventaires de la biodiversité en amont des aménagements et tous les deux ou trois ans après les premières réalisations. La comparaison du nombre d’espèces et d’individus d’oiseaux est, par exemple, un bon indicateur relativement facile à observer.