Pour aller plus loin

La Fabrique du Lieu, au travers de ces articles, vous fait part de ses réflexions sur des thématiques très diverses qui animent la profession des architectes-paysagistes face aux enjeux de Développement Durable.
Réflexions, mais aussi livres, articles, expositions, films… qui peuvent nourrir nos projets.
Bonne lecture.

Trémargat – les travaux paysagers ont commencé

Posted by on 7/03/2017 in Participation, Paysage | Commentaires fermés sur Trémargat – les travaux paysagers ont commencé

Trémargat – les travaux paysagers ont commencé

On nous dit souvent que notre étude ne doit pas rester dans une étagère et c’est pourquoi nous nous battons pour que les projets soient imaginés en concertation. Si la population et les acteurs sont mobilisés en amont, nous mettons toutes les chances de notre côté pour que cela aboutisse à des réalisations concrètes.

La preuve en image :

Avant

Après

AvantAprès

 

Paysage, urbanisme, architecture: même combat!

Posted by on 16/01/2017 in Espace public, Non classé, Paysage | Commentaires fermés sur Paysage, urbanisme, architecture: même combat!

Paysage, urbanisme, architecture: même combat!

Emmanuel Gros a été stagiaire à la Fabrique du lieu pendant trois mois à l’été 2016. Il nous livre ici ses impressions et ses questionnements sur son métier et ses interactions avec les autres professions de l’aménagement.

« Pour toi, existe-t-il des différences entre urbaniste et paysagiste? » Cette question m’a été posée par Nicolas Tinet lors d’un entretien que nous avions eu préalablement au stage que j’ai effectué à La Fabrique du Lieu au cours de l’été 2016. À froid, il m’avait alors été difficile de répondre de manière conséquente à une question qui, inconsciemment, me passait par la tête depuis quelques années maintenant. Paysagistes, urbanistes et architectes font-ils exactement le même métier? Pour des enjeux d’aménagement similaires, qu’est-ce qui explique que ces professions répondent souvent différemment? Et ces divers regards tels qu’ils sont exprimés aujourd’hui sont-ils souhaitables?

Des approches différentes pour des objectifs communs

De façon générale, un certain nombre de principes et intentions sont partagés par ces trois professions. Le sujet d’étude concerne la ville et les territoires dans toutes leurs composantes: l’habitat, les modes de déplacements, les usages, les espaces publics, les infrastructures, l’agriculture, la forêt ou encore les sites industriels entre autres. Dans tout les cas, la notion de « contexte » doit pouvoir justifier les choix du projet. Plus largement, les mobilités douces, d’urbanité, d’écologie urbaine, ou de réemploi des ressources en place sont une partie des grands enjeux qui animent ces différents métiers, et qui les fédèrent.

Il existe cependant quelques subtilités dans l’approche et la méthode de projet. Tout d’abord, je dirais que les paysagistes et les architectes ont pour principal point commun d’avoir une approche de projet qui vise à spatialiser un espace vide ou plein par deux principaux outils que sont le dessin et la maquette. Les urbanistes ont un rapport plus théorique et réglementaire au projet. C’est pour cela qu’ils sont d’avantage aptes à travailler du coté de la collectivité, pour la rédaction de cahiers des charges ou de documents d’urbanisme. Ils ont une approche plus programmatique que les architectes et les paysagistes qui cherchent à donner une forme à ce programme.

Même si le dessin prime en architecture et en paysage, les approches demeurent souvent assez différentes. Les paysagistes font du vivant, du relief, du sol ou encore des hommes les ressources principales à partir desquelles ils vont faire émerger leur projet. Tandis que les architectes, s’intéresseront à ces notions dans un second temps, après avoir réfléchi à l’espace construit. L’approche des paysagistes se veut surement plus « mouvante » et moins « tangible » que celle des architectes.

Des écoles trop peu enclins aux échanges

Finalement, pourquoi paysagistes, architectes et urbanistes sont-ils si renfermés dans leurs démarches? Certaines situations que j’ai pu rencontrer dans le cadre de mes études illustrent cette absence de dialogue entre ces métiers.

En effet, cette question que m’a posé Nicolas réinterroge l’enseignement de ces différents corps de métier. Après avoir effectué mes deux premières années à Versailles, ainsi qu’une année de paysage à l’école de Gembloux, je termine actuellement mon cursus d’études en paysage à l’école de Marseille. Auparavant, c’est par deux années à l’IUT de Gestion urbaine à Aix-en-Provence que l’envie de devenir paysagiste m’est venue.

Avec du recul, j’ai le sentiment que l’entre-soi qu’induisent ces écoles ont pu appauvrir l’apport si « transversal » et « généraliste » qu’elles se plaisent à promouvoir. À l’école du paysage, la quasi-totalité des enseignants sont paysagistes diplômés de l’école de Versailles-Marseille. Et le regard qu’ils portent sur les architectes et les urbanistes est, me semble-t-il, souvent réducteur. Je me souviens notamment de sorties sur des projets réalisés par des architectes, où des enseignants disaient parfois « ah vous voyez cet espace public… encore un travail d’architecte! ».

Autre exemple, à l’école de paysage de Marseille. En janvier 2016, les écoles de paysage et d’architecture organisaient deux semaines de workshop avec pour sujet, le Parc National des Calanques. Elles avaient la vague idée de venir assister à des séances de réflexion et de rendu. Les étudiants de l’école d’architecture ne seront finalement jamais venus si ce n’est seulement deux de leurs encadrants. L’école de paysage s’est elle, déplacée en plus grand nombre (environ 15 étudiants).

Nous percevions alors les approches si opposées des deux écoles. À l’école de paysage, notre culture et formation s’accordaient à dire que la beauté du site des Calanques s’est formée naturellement et détient déjà à la base un caractère exceptionnel. Les projets visaient alors à mener des intentions assez minimalistes comme par exemple, l’aménagement plus francs de points de vues ou encore l’accueil du public dans un site au sol pollué par les scories mais à la végétation unique, en prise direct avec la ville et à la place trop importante accordée à la voiture.

Lorsque nous sommes allés voir les restitutions des étudiants de l’école d’architecture, l’approche était alors totalement opposée. L’idée était ici d’imaginer des architectures complètement utopiques et futuristes le temps d’un workshop d’une semaine. Les images présentées étaient bien loin de ce que nous avions imaginé une semaine plus tôt. Je me souviens notamment de trois barres d’immeubles ouvertes sur le paysage par leurs structures, larges de 45 mètres et longues de presque 1 kilomètre de la mer, jusqu’aux collines. Lorsque le masterplan du projet a été affiché au début du rendu, ce projet était pour moi tellement hors-contexte que j’ai cru qu’il s’agissait de trois traits de coupe un peu larges allant des collines à la mer… À la fin des restitutions, un ami de promo indigné par ces images, m’a même confié: « tu vois dans ces écoles d’archi, ils feraient bien de faire un peu plus de socio et d’écologie que d’autocad et de photoshop! ».

 

 

 

 

 

 

Un des projets de l’école d’architecture imagine qu’en 2030, la crise pétrolière ne permettra plus la délocalisation de l’industrie. Une des idées visait à imaginer de manière extrapolée ce que pourrait devenir ce site dans le cadre d’une industrialisation massive, en tirant partie des ressources existantes: la mer, du calcaire et un site industriel à l’abandon.

 

 

 

 

 

Notre approche à l’école du paysage a été, entre autre, de favoriser la colonisation de la plante Phrygane, caractéristique du parc national des Calanques, en perçant à certains endroits l’enrobé et marquant ainsi d’avantage les cheminements face aux fortes influences liées au tourisme.

Un cloisonnement des professions responsable des maux de l’urbanisation actuelle?

Ces divergences entre ces différentes professions constituent certainement l’une des causes à l’urbanisation du zoning et de la consommation d’espace. Ce manque de dialogue et d’ouverture d’esprit laisse ainsi libre-court à l’arrivée d’espaces monofonctionnels et sectorisés où l’usage de la voiture devient la seule solution au déplacement et où la notion de partage et de rencontre ne fonctionne plus. Dans le même temps, les paysages agricoles se banalisent, les sols s’appauvrissent et les terrains s’enfrichent.

Or, architectes, paysagistes et urbanistes s’accordent à dire que la notion de « local » doit d’avantage être prise en compte dans les projets de territoire. Il faut à la fois permettre aux habitants des villes de retrouver les héritages de leurs campagnes qu’ils ont souvent perdus par une consommation infinie de l’espace. Et dans le même temps, redynamiser les territoires ruraux par des formes de lien social que les grandes villes expérimentent de façon intelligente. Cette hybridation des usages et des manières d’habiter la ville doit donc être le résultat d’une cohésion entre architectes, paysagistes et urbanistes qui n’existe pas assez. De façon générale, cette cohésion est d’autant plus importante si l’on ne souhaite pas bafouer l’idée de « contexte », à laquelle ces professions sont également attachées.

Des métiers différents, mais un projet commun

Qu’il s’agisse du rapport au site ou de la méthode de projet, il est donc clair qu’il existe de nettes différences entre paysagistes, urbanistes et architectes. Les clivages sont souvent trop importants et la concurrence encore trop perceptibles dans les débats. Ce qui à terme, tend à gangréner les intentions de projets communes à ces trois métiers. Ils ont chacun des angles d’attaque qui leurs sont propres et qui enrichissent les projets d’aménagement du territoire. Il est certain que ces professions se doivent de les défendre et d’affirmer ces différentes sensibilités. Mais il ne s’agit pas de le faire pour être dans un rapport de confrontation mais bien pour concevoir au mieux ensemble les villes et les territoires. On pourra donc considérer qu’elles tendront vers le même projet lorsqu’elles se rejoindront d’avantage. Il s’agira de mieux accepter les subtilités de chacune dans les projets d’aménagement.

Dans une vision utopique, une seule et même école du territoire pourrait alors être créée et répartie partout en France comme c’est déjà le cas. Un cursus commun pourrait se faire les deux ou trois premières années, avec des cours aussi transversaux que le dessin à main levé et informatique, l’art plastique, la botanique, la pédologie, l’écologie, les sciences humaines (histoire des villes et des territoires, sociologie, géographie, sciences politiques et jeux d’acteurs…), les techniques de construction, de plantation et d’aménagement, entre autres. Et bien sur une discipline forte: le projet, qui durant ces trois premières années viseraient avant tout, à donner des clés et des méthodes aux étudiants. Cela permettrait alors de faire dialoguer davantage des futurs professionnels de l’aménagement pour avoir une pensée commune de la ville et des territoires et ce à toutes les échelles d’intervention. Pour ne pas non plus standardiser cette première entrée en matière, des options tournées vers les trois domaines et un découpage en petits groupes pourrait être privilégié par les étudiants. Les deux ou trois dernières années seraient ensuite dédiées à un champ plus spécifique que serait le paysage, l’urbanisme ou l’architecture. À Marseille, ce mode d’enseignement pourrait bientôt apparaitre avec l’arrivée de l’Institut Méditerranéen de la Ville et des Territoire de Marseille visant à rassembler les écoles de paysage et d’architecture de Marseille et l’institut d’urbanisme d’Aix-en-Provence.

Enfin, je dirais que le projet de requalification de la place de la République à Paris est exemplaire dans la manière dont les architectes de l’agence TVK ont mis a profit le potentiel d’urbanité possible sur ce site. Cette grande agora ouverte laisse libre-court à des usages et des manifestations très diverses dont l’espace public doit avant tout être le support. La simplicité de cette ouverture et les micro-jeux de niveaux présents à différents endroits, est selon moi, une véritable leçon d’aménagement pour l’ensemble des paysagistes, architectes et urbanistes.

 

 

 

 

 

 

Au printemps 2016, le vide de la place de la République était investi par le mouvement Nuit Debout.

Emmanuel GROS

 

Paysagiste, urbaniste, des métiers de la concertation ?

Posted by on 2/01/2017 in Participation | Commentaires fermés sur Paysagiste, urbaniste, des métiers de la concertation ?

Paysagiste, urbaniste, des métiers de la concertation ?

 

Les formations professionnelles sont toujours l’occasion de prendre du recul sur son métier et ses pratiques. Mais certaines formations sont plus percutantes que d’autres et c’est le cas de la formation sur « susciter et mobiliser la participation » organisée par la SCOP Le Contrepied.

 

 Scop Le Contrepied

Alors qu’au sein de la Fabrique du Lieu, nous essayons de revoir notre positionnement pour répondre, avant tout, aux attentes de la population, cette formation pousse les participants à chercher le sens de ce positionnement.

Pour rappel, la loi encourage officiellement à susciter la participation : celle sur la démocratie de proximité de 2001 visait à accroître l’intérêt des citoyens pour la vie publique.

Pourtant, aujourd’hui, cette proximité est loin d’être flagrante. D’abord, la conséquence perverse de l’imposition (impôts et taxes) a mis beaucoup de citoyens dans un rapport de client vis à vis de l’Etat. L’impôt est vu comme le paiement de services rendus et les citoyens se mettent donc de plus en plus dans une posture de consommateurs. L’écart se creuse entre le monde administratif et politique et ceux qui subissent leurs décisions ; les habitants. De nombreuses conséquences en découlent et se manifestent de différentes manières (présence aux urnes, investissement citoyen, candidature aux élections locales, vision de la fonction publique et de la politique en général…).

Face à cela et en s’appuyant sur cette loi, la stratégie du dialogue vise à développer la compréhension des différents points de vue pour tendre vers des prises de décisions qui soient dans l’intérêt du plus grand nombre ou tout au moins permettre de comprendre que les décisions ne peuvent pas répondre aux besoins spécifiques à chacun. Mais au-delà de la simple compréhension qui facilite l’acceptation et qui soulage des décisions qui auraient pu provoquer refus ou ralentissement, il s’agit de rendre les citoyens responsables de leur devenir. S’ils ne sont considérés que comme des exécutants de lois, de directives, de mesures, de programmes imposés, les objectifs recherchés ne seront que difficilement atteints. Au contraire, si les habitants sont à l’origine et actifs au sein d’une démarche, ils seront porteurs, représentants, défenseurs, producteurs… de celle-ci.

Le système actuel favorise pourtant toujours cette posture de consommateurs et infantilise les citoyens. Or, la facilité d’accès à toutes sortes d’informations, démultipliée par le développement d’interne, les rend très conscients et souvent critiques. Ils se forgent un avis qui est souvent vu comme une menace par le monde politique sous couvert de manque de représentativité, de connaissances, d’objectivité… Les habitants constituent une ressource qui est souvent étouffé. Certes la loi défend l’idée de donner aux citoyens une réelle place dans le débat public. Mais sur le terrain, son application est encore marginale ou orientée. Il faut donc systématiquement se battre pour imposer une réelle participation.

En appliquant cette réflexion au paysage, on constate que la aussi la loi va dans le sens de la concertation. La Convention Européenne du Paysage replace « le paysage à la croisée des regards des habitants et des acteurs sociaux, le transformant ainsi en un référent potentiellement partageable et en un support pour penser l’action publique en matière territoriale ou environnementale. Un désir de transversalité et de démocratie, de durabilité et de concertation. », le paysage rejoint le champ du débat public.

Des chercheurs développent ce concept comme David Montembault, « le paysage est triplement concerné par les approches participatives, à la fois comme objet à aménager, soumis aux nouveaux principes du développement durable, comme objet à qualifier, nécessitant de recueillir l’avis des populations, et comme outil de médiation, capable de rassembler les différents acteurs d’un territoire pour une meilleure définition des enjeux d’aménagement. » En effet, il concerne l’environnement au sens large (milieux naturels, agriculture…), le cadre de vie (espace public, routes…) , mais aussi l’économie (circuits courts, gestion forestière…). Et c’est un bien commun qui outrepasse les notions de propriétés et de limites administratives. Chacun peut donc s’y reconnaître et s’y investir. Le paysage n’appartient à personne et ne dépend jamais d’une seule. Il renvoie donc à une notion de bien commun qui est favorable aux démarches collaboratives.

Il est donc judicieux de s’appuyer sur le paysage pour redonner du pouvoir de décisions aux citoyens. C’est que renforcent les propos de Rémi Bercovitz, « l’efficience de telles expériences se mesure moins à la trace qu’elles laissent dans la matérialité des paysages qu’à ce qu’elles produisent dans l’ordre social et culturel, aux solidarités qu’elles stimulent et aux champs de débat et d’initiative qu’elles génèrent, aux liens socio-spatiaux que le paysage permet de faire émerger, dès lors qu’on l’appréhende et l’utilise comme un outil dont dispose les sociétés pour se penser elles-mêmes dans leur environnement ». Le paysage apparaît donc comme un support pertinent pour permettre aux habitants de mettre un pas dans la vie « politique » de son territoire.

Le paysage est donc un bon support pour donner l’opportunité aux habitants de faire parti du débat public. Mais il faut reconnaître que le millefeuille administratif français refroidirait n’importe qui souhaiterait s’investir dans la vie « politique » de son territoire. Le vocabulaire employé, les procédures complexes, la répartition des compétences et des missions, … illustre l’opacité de cet univers. Pour s’immiscer dans ce système, l’habitant lambda a besoin d’un guide qui mette à sa portée les codes institutionnels.

Les métiers de l’aménagement du territoire, dont celui de paysagiste, détiennent ce savoir et peuvent faire l’interface entre les différents univers.

Dans le cadre d’un projet de territoire, le paysagiste établit un diagnostic, des enjeux et des orientations en estimant la faisabilité des solutions proposées. Au travers de ces différentes étapes, il est amené à concerter les décideurs locaux et les spécialistes mais rarement les habitants. Pourtant, alors que ces spécialistes, souvent fonctionnaires de structures publiques ne sont pas libres de paroles et parlent au nom de compétences et missions spécifiques, les habitants sont détachés de toutes censures et de carcans techniques ou politiques. Certes, les élus sont censés être les représentants des habitants. Mais la crise actuelle de la démocratie représentative peut, dans certains cas, nous amener à reconsidérer l’importance de leur légitimité

Le paysagiste est lui même un spécialiste qui pourrait orienter le projet de part sa spécialité là où un animateur plus neutre ne dériverait pas. Cependant, le paysagiste détient les connaissances qui permettront à chacun d’entrer dans les domaines des spécialistes : règlement d’urbanisme, vocabulaire de naturalistes, procédure administrative…

Par ailleurs, que ce soit l’animateur ou le professionnel de l’aménagement, il est souvent recruté par un client dont l’intérêt penche vers les élus. Il s’agit en effet généralement de collectivités qui passent commande et allouent un budget aux études. Il faut donc être vigilants, en tant que maître d’œuvre à savoir garder une certaine indépendance vis-à-vis du client. Pour cela, il est plus facile d’affirmer sa spécialité (exemple : paysagiste) pour imposer légitimement une indépendance dans sa mission.

Enfin, faire intervenir un animateur extérieur au territoire permet d’avoir une posture moins impliquée ce qui favorise d’éventuelles médiations.

Le métier du paysagiste évolue donc du rôle de l’ « expert paysagiste aménageur » à la fois porteur de connaissances et de savoir-faire vers un nouveau statut de médiateur-passeur, chargé de recueillir les multiples connaissances déjà présentes sur un territoire, et d’aider à leur articulation pour construire un projet.

De notre côté à la Fabrique du Lieu, nous ne sommes pas diplômés de sociologie ou « experts du  changement ». Il est vrai que plusieurs parcours professionnels aboutissent plus naturellement à former des animateurs du territoire : éducation populaire, sociologie, recherche… Mais peu de cursus combinent techniques d’animation et maîtrise des questions d’aménagement. Peu de cursus forment à l’animation de projets de territoire. Il revient à chacun de compléter sa formation initiale pour glisser soit vers l’animation, soit vers l’aménagement. Il semble que le premier cap à passer pour les professionnels de l’aménagement soit de changer de posture en sachant temporiser ses réflexes de professionnels pour les mettre au profit des habitants afin de les amener à les maîtriser eux-mêmes.

N’étant « que » paysagiste et urbaniste, nous avons dû compléter notre formation initiale et expérimenter nos méthodes.

En effet, de nombreuses formations sont apparues pour comprendre les différents niveaux de la participation, acquérir des outils adaptés aux différents publics, pour analyser et évaluer les résultats. Mais le changement de posture ne s’apprend pas, au contraire, il s’agit de déconstruire ce que les plus grandes écoles nous ont inculqué. L’univers associatif est un bon terrain d’entrainement pour tester ce nouveau positionnement et se familiariser avec des approches moins confortables. Beaucoup de professionnels de l’aménagement s’engagent d’abord au niveau associatif dans des mouvements plus collaboratifs avant de se permettre d’appliquer ces méthodes au sein de leur contexte professionnel.

Pour finir, il semble indispensable de savoir changer de rôles, en passant du concepteur (sachant), au décideur (élu), au citoyen (habitant)… pour comprendre la diversité des points de vue. Pour être cohérent jusqu’au bout, un professionnel de l’aménagement convaincu par la nécessité d’impliquer les habitants devrait être à tour de rôle l’un de ces acteurs et commencer par s’engager dans la vie locale de son territoire.

 

 

 

 

 

Participation à la rencontre nationale sur la concertation

Posted by on 25/11/2016 in Participation, Publications / Conférences | Commentaires fermés sur Participation à la rencontre nationale sur la concertation

Participation à la rencontre nationale sur la concertation

Le projet agropaysager a été financé en partie par la Fondation de France sur un appel à projet « concertation sur les territoires au service de l’environnement ». La Fondation de France a donc organisé une rencontre nationale pour faire le bilan des expériences qu’elle a soutenu. Le programme a été conçu de façon participative en invitant les porteurs de projets à proposer des sujets, interventions et ateliers. La Fabrique du Lieu a donc suggéré d’aborder les difficultés à faire reconnaitre les résultats de la participation citoyenne.

Synthèse de la rencontre

Intervention de Nicolas Tinet au sein de l’atelier « La concertation bientôt dépassée ? »

Compte-rendu de l’atelier

 

En lien avec le plan de paysage du Val de Luynes

Posted by on 30/06/2016 in Paysage | Commentaires fermés sur En lien avec le plan de paysage du Val de Luynes

En lien avec le plan de paysage du Val de Luynes

Dans le cadre du plan de paysage du Val de Luynes, des études sont à prendre en compte.

Le plan de gestion du Val de Loire :

Plan de gestion Val de Loire

Le projet de site classé :

Site+Luynes+rapport+de+présentation+final-1-65

Site+Luynes+rapport+de+présentation+final-66-134

Site+Luynes+rapport+de+présentation+final135-205

 

2nd chantier participatif – 900 ml de haies bocagères

Posted by on 5/04/2016 in Agriculture, Aménagements | Commentaires fermés sur 2nd chantier participatif – 900 ml de haies bocagères

2nd chantier participatif – 900 ml de haies bocagères

C’était le 19 mars 2016 avec une vingtaine de bénévoles :

900 ml de haies

4200 plants, autant de filets de protection et de tuteurs !

Pour les essences :

Chêne pédonculé, noyer commun, poirier sauvage, orme champêtre, charme, érable champêtre, aubépine, pommier, merisier, cornouiller sanguin, framboisier, fusain d’Europe, groseiller commun, néflier, noisetier coudrier, prunellier, sureau noir, troène.

Et des tonnes de paille pour protéger le sol !

 

IMG_0489

IMG_0492

 

D’autres travaux sont prévus : nichoirs, perchoirs, bandes fleuries…

Pour découvrir ces projets que nous portons avec Hommes et Territoire, notre partenaire sur ce projet : Hommes et Territoire

 

 

Chantier participatif de plantation à Lhopiteau

Posted by on 7/03/2016 in Aménagements, Participation, Sensibilisation / Participation | Commentaires fermés sur Chantier participatif de plantation à Lhopiteau

Chantier participatif de plantation à Lhopiteau

Après deux années de réflexion, d’ateliers de travail, de montage de dossiers administratifs, voici les premiers travaux qui commencent à Lhopiteau ! Une quinzaine de bénévoles sont venus planter 34 arbres fruitiers et 100 ml de haies bocagères.

IMG_8780WEB

IMG_8789WEB

Pommiers, cerisiers, pruniers, poiriers, noisetiers, charmes, chênes, cornouillers, troènes, groseillers, ormes, … que des essences locales qui seront favorables à la biodiversité. Merci aux deux pépinières (Val de Loire productions et Pimolle) pour la qualité des végétaux.

IMG_8791WEB

Merci aux bénévoles qui n’ont pas chômés et qui ont compris ce que voulait dire « une terre amoureuse » !

IMG_8799WEB

Rendez-vous le samedi 19 mars pour continuer par la plantation de 950 ml de haies bocagères.

Article de L’Echo Républicain

KM_C454e-20160307085943

La concertation empêtrée dans les méandres de la « démocratie »

Posted by on 9/02/2016 in Non classé, Participation | Commentaires fermés sur La concertation empêtrée dans les méandres de la « démocratie »

Depuis le début des années 2000, le champ de l’aménagement doit désormais faire de la concertation un passage obligatoire. La loi SRU, cadre structurant de l’aménagement du territoire, fixe ainsi parmi ses trois objectifs le « renforcement de la démocratie ». Décliné dans l’ensemble des procédures d’élaboration des documents d’urbanisme, mais aussi dans le cadre des Grands Projets, l’État demande dorénavant de prendre en compte la parole des citoyens. Les « forces vives », « parties prenantes », « acteurs locaux », « habitants »… deviendraient ainsi des membres à part entière de la prise de décision. Notre superbe démocratie en ressortirait grandie, tout le monde s’élevant en participant à la vie politique au sens noble du terme, etc etc..

A ce stade, une question importante doit être posée. Quelles peuvent être les motivations de l’État pour proposer de réduire ou de partager son propre pouvoir? Après tout, on entend très régulièrement dans la bouche de nos hommes politiques que notre démocratie se porte très bien, qu’il y a juste quelques « ajustements » à faire, et puis de toute façon « la démocratie, c’est le moins mauvais des systèmes », « personne n’est parfait »… Si j’osais mettre en doute la parole des politiciens, j’émettrais plutôt l’hypothèse que cette tendance vient en réaction à une évolution de nos sociétés. De manière très schématique, les citoyens avaient jusque dans les années 70, une certaine confiance dans leur classe politique et dans les institutions. Les syndicats, corporations, partis politiques et autres formes d’organisation jouissaient d’une certaine aura. Le premier choc pétrolier, la fin des 30 glorieuses, la crise économique et le chômage de masse, commencèrent à briser cet espoir des citoyens dans les formes d’organisation institutionnalisées et de nouvelles formes d’actions collectives se développèrent. L’écologie politique (Larzac par exemple) s’est notamment beaucoup emparée de ce phénomène en devenant un contre-pouvoir important face à une modernité qui écrase tout sur son passage. On est ainsi passé d’organisations très structurées et expérimentées, à des formes plus individualisées, plus spontanées d’action politique.  L’avènement d’Internet au début des années 2000 a permis de renforcer ce phénomène par l’accès à l’information qu’il institue. Les citoyens ont ainsi accès aux données et ne peuvent plus se faire berner par les argumentaires simplistes des porteurs de projet. De plus en plus de projets étant désormais menacés par les opposants, il fallait trouver un dispositif permettant de reprendre la main sur ces nouvelles formes de contre-pouvoir. On inventa alors la concertation.

democratie-dessin

 

« Garde des amis auprès de toi, et tes ennemis encore plus près » semble être l’une des logiques qui a poussé l’Etat à développer la concertation. Pour cela, il a crée des dispositifs spécifiques comme la Commission Nationale du Débat Publique qui propose des dispositifs de concertation autour des grands projets (ligne TGV, autoroute, création parc d’attraction, etc). Il a aussi intégré dans les procédures d’élaboration des documents d’urbanisme (SCoT, PLU, AVAP, etc.) l’obligation d’associer la population sans toutefois en préciser les modalités. Peu à peu, le champ politique de la participation s’est ainsi scindé en deux. D’un côté, la concertation dite institutionnelle, et de l’autre la participation spontanée qui se développe sans cadrage. Les ZAD (Zones À Défendre) se développent un peu partout au fur et à mesures de l’avancée des projets, inutiles ou pas. Et partout dans la conscience citoyenne, une sorte de mal-être… comme l’impression de se faire avoir.

Le projet de la ligne TGV Bordeaux-Toulouse incarne bien ces nouveaux conflits. Une enquête publique qui montre l’inanité du projet, et finalement l’État qui le valide. C’est à n’y rien comprendre… La concertation ne serait en fait à prendre en compte que lorsqu’elle tire les mêmes conclusions que l’État. A ce stade, parle-t-on encore de concertation ou lui préfère-t-on le terme de manipulation ?

Nous semblons arriver aujourd’hui à un tournant. La radicalisation de certaines actions citoyennes prend des formes de plus en plus violentes, de même que l’aveuglement de l’État chaque jour plus loin des préoccupations de ses citoyens. Cinquante pour cent d’entre eux ne se déplacent même plus pour faire semblant de voter, les vidéos de personnes détruisant leur carte d’électeur se multiplient sur Internet, les plus grands partis de France peinent à atteindre 100 000 adhérents. A l’inverse, toute forme de mouvement participatif qui commence à prendre de l’ampleur fait systématiquement l’objet de tentatives de récupération et d’institutionnalisation afin de le brider.

Dans le cadre de notre activité professionnelle dans le monde de l’aménagement, nous sommes chaque jour confrontés à cette schizophrénie. On nous demande de faire de la concertation, d’intégrer les habitants aux prises de décisions, pour au final ne jamais prendre en compte ce qu’il en ressort. Nous, qui croyons réellement dans la participation et ce qu’elle peut apporter à des projets, nous retrouvons ainsi en première ligne, bloqués entre notre commanditaire, celui qui nous paye, et ces habitants que nous avons contribué à motiver en leur disant que « non ce n’est pas bidon, que nous allons réellement prendre en compte ce qu’ils disent ». Nous créons des frustrés, des gens qui ont eu de l’espoir et qui sont aujourd’hui dégoutés par la politique. On en vient ainsi à se demander si on ne serait pas devenus nous-mêmes des idiots utiles du système, des personnes manipulées pour faire appliquer les pseudos directives de l’État. Et qui en assumons les conséquences chaque jour parce que nous sommes nous, contrairement à eux, en face des habitants.

 

Quand les campings prennent en compte le paysage

Posted by on 4/12/2015 in Paysage | Commentaires fermés sur Quand les campings prennent en compte le paysage

Quand les campings prennent en compte le paysage

En fonction de l’attractivité touristique d’un territoire et de son climat, les campings sont plus ou moins nombreux. Mais dans tous les cas, ils ont un impact fort sur le paysage parce qu’ils occupent une part importante de celui-ci par leur surface au sol et qu’ils sont composés d’éléments construits individuels nombreux et juxtaposés. Leur gestion est parfois intensive ce qui peut impacter l’environnement aux alentours ou tout du moins ne pas contribuer à l’améliorer. Mais ils sont aussi un vecteur de valorisation des paysages puisque comme tous les autres types d’hébergements, ils sont souvent le point de départ de la découverte d’un territoire.

 

L’aménagement paysager d’un camping est donc primordial pour le territoire qui l’accueille.

 

Vu de l’extérieur

 

  • Les entrées

L’entrée principale doit être clairement identifiée mais l’accumulation des équipements : signalétique, accès voiture, accès piéton, stationnement, panneaux d’informations et bâtiment d’accueil doivent être pensés ensemble pour épurer et simplifier les volumes et les lignes. Pour agrémenter l’ensemble, des éléments paysagers identitaires de la région comme les pierres locales, les végétaux de la région ou les techniques de constructions ancestrales… peuvent être employés.

 

  • La limite

Pour adoucir la limite du camping, un accompagnement végétal peut être mis en place à l’aide de haies, fleurissements, talus qu’il s’agira de positionner du côté extérieur à la clôture mais sur l’emprise de la propriété. Si un effet de transparence est recherché, opter pour une clôture adaptée au contexte (clôture agricole renforcée éventuellement) et des poteaux en bois. Si le choix du métal se fait pour les poteaux, il faudra préférer des traitements inox plutôt que peints. La hauteur des clôtures doit être suffisante pour limiter les intrusions non désirées mais doit être raisonnable pour conserver une atmosphère agréable, 1,50 m semble être un maximum.

 

  • La vue sur les équipements

Pour ne pas être trop impactant dans le grand paysage, les équipements construits (mobil-homes, HLL…) doivent être positionnés plutôt en retrait des vues extérieures et être traités dans des tons dé-saturés pour ne pas contraster avec le paysage alentour. Il s’agit du beige, du gris, des marrons, en évitant le blanc et les couleurs trop vives. Ce principe est à adapter au contexte local.

 

Vu de l’intérieur

 

  • Le paysage alentour

Rechercher, à l’extérieur du camping, les vues intéressantes et les maintenir ouvertes depuis l’intérieur pour faire apprécier le contexte. Ne pas ceinturer systématiquement le camping d’une haie. Installer des bancs ou des tables de lecture pour valoriser les points de vue. Mettre en scène des vues lointaines par des structures paysagères ou architecturales (arches, allées…).

 

  • Les connexions

Se connecter aux cheminements externes en les prolongeant à l’intérieur du camping. Indiquer les possibilités de promenade à partir du camping sans voiture. Permettre les sorties piétonnes indépendantes de l’entrée principale carrossable. Enfin la majorité de ces surfaces doivent être perméables et dans des revêtements naturels et locaux comme de la grave, des pas chinois, des platelages bois…

 

  • La pédagogie

Valoriser le patrimoine paysager alentour avec une présentation du territoire sous forme de panneau, de dépliant, de livret… Installer des panneaux pédagogiques thématiques dans le camping, qui agrémenteront une promenade (panneau sur une plante typique, sur un animal protégé, sur une technique de construction ancienne…). Prêter des kits de naturaliste pour inciter à aller découvrir les alentours (jumelles, loupes, guide de reconnaissance des oiseaux ou de la flore…).

 

A l’intérieur

 

  • S’inspirer du local

Conserver tant que possible des éléments végétaux existants sur le site. Rechercher dans le paysage local les essences locales et les formes traditionnelles (haie basse, haie haute, bosquet…). Varier le type de limite des emplacements en introduisant ponctuellement des clôtures en bois local ou en pierres locales. Le mobilier (bancs, tables) peut aussi être fabriqué en matériaux locaux avec des artisans du territoire.

 

  • La gestion écologique

Opter tant que possible pour des matériaux perméables même pour les chaussées. Prévoir une gestion différenciée en fonction aussi de la saisonnalité. Certaines surfaces peuvent se limiter à des fauches ponctuelles en fonction de l’utilisation des surfaces selon les saisons. Des abris pour la faune sauvage (oiseaux, insectes…) peuvent être installés et expliqués par des panneaux et un livret. Encourager le compostage par la mise en place d’un composteur collectif et d’un mini-potager collectif. Mettre en place des récupérateurs d’eau de pluie pour l’arrosage de certains massifs et limiter l’arrosage sur le reste des surfaces. Installer des luminaires orientés vers sol et des détecteurs pour ne pas maintenir l’éclairage toute la nuit près des emplacements.

 

 

En suivant une approche paysagère pour la gestion des campings, ces équipements peuvent devenir des lieux plus harmonieux avec leur environnement et peuvent offrir des ambiances plus qualitatives. Ce type de gestion moins intensive et tournée vers le local réduit aussi les coûts d’aménagement et d’entretien.

Vers une gestion forestière différente ?

Posted by on 24/09/2015 in Forêt | Commentaires fermés sur Vers une gestion forestière différente ?

Vers une gestion forestière différente ?

Vous avez certainement déjà entendu quelques personnes vous dire « On ne nourrira pas la planète avec du bio ». Ce genre de phrase, en plus de n’avoir aucun fondement, est en réalité la conséquence d’un travail abouti des lobbys agro-alimentaires qui continuent de nous faire croire que seules leurs méthodes de production sont sérieuses et permettent d’arriver à des rendements satisfaisant…

Et bien figurez-vous que c’est la même chose dans le milieu forestier. Pendant longtemps, on a dit de la forêt française qu’elle était sous-exploitée, mal entretenue, peu valorisée. Ces dernières années, et avec le développement des théories sur le changement climatique, le regard sur la forêt a un peu changé. Dans ce contexte, ses vertus sont nombreuses :

– Elle stocke le carbone et permet de lutter contre l’augmentation du CO2 dans l’atmosphère

– Elle constitue une alternative aux matériaux non durables de la construction, ce qui est intéressant dans une logique de raréfaction de certaines ressources et notamment du sable pour la fabrication du béton.

– Elle est une énergie valorisable sous différentes formes : bois-bûche, copeaux, plaquette, etc.

Bien évidemment, les grands industriels, et notamment du secteur énergétique, se sont empressés d’en vanter les vertus et de développer de nouveaux types de projet. Sauf que comme d’habitude, la volonté de profit est plus forte que le reste. Et plutôt que de penser la ressource et son exploitation de manière raisonnable et durable, on imagine les choses en grand. Les unités de production d’énergie à partir de bois nécessitent pour fonctionner d’avaler des tonnes et des tonnes de bois. Ce que la forêt française, importante en surface mais peu entretenue et valorisée dans son ensemble, ne pourra pas absorber. On ira donc rapidement chercher du bois en Scandinavie ou ailleurs afin de remplir nos usines à produire de l’énergie. Peu à peu, et là encore les similitudes avec l’agriculture sont importantes, la filière-bois s’organise pour répondre à ces besoins industriels. Et là ou l’agriculture a fait sa « révolution verte » (sic) – comprendre fertilisants et pesticides pour les dégâts que l’on sait – la forêt rentre désormais dans une logique de production industrielle.

Avec cette logique, c’est la notion même de forêt qui disparaît, au profit du terme plus judicieux de « plantation ». La plupart de celles-ci datent des années 60. A cette époque, l’État encourage à planter des hectares de bois principalement pour l’usage de la construction. Certaines régions, notamment l’Auvergne et le Limousin (cf « Le Canada français » cher à Jacques Chirac), sont ainsi massivement plantés. Cinquante ans plus tard, la plupart de ces plantations sont arrivées à maturité. Et c’est là que la catastrophe intervient : la coupe rase. La coupe rase consiste à abattre l’ensemble des arbres d’une parcelle. S’ensuit généralement un dessouchage et la création d’andains (amoncellement de branchages et de souches), puis généralement la replantation avec la même essence en monoculture. Certains de nos grands experts forestiers ont généralement le même discours avec la coupe rase que le président de la FNSEA avec l’agriculture intensive : c’est efficace, ça produit beaucoup, le travail peut se faire mécaniquement, ce qui nous permet de travailler de très grandes surfaces avec le moins d’être humains possible et d’être super rentables. Je ne sais pas si vous avez déjà vu une abatteuse dans une plantation… attention, ça décoiffe ! Et puis surtout, vous êtes bien mignons avec vos techniques alternatives mais ce n’est pas ça qui suffira pour atteindre la production attendue… Ah le progrès, c’est fascinant !

Et pourtant, la coupe rase est une méthode de gestion profondément destructrice. D’une part pour l’environnement en massacrant en quelques heures tout un écosystème qui a parfois mis des centaines d’années à se mettre en place, mais aussi en appauvrissant les sols qui n’absorbent plus l’eau via le système racinaire et qui a souvent tendance à devenir plus aride sous l’effet du vent et du ravinement des eaux. D’autre part sur le paysage, avec un traumatisme pour de nombreux habitants de nos territoires ruraux qui voient disparaître en quelques heures plusieurs hectares de forêts auxquels ils étaient attachés. Mais le pire, c’est que la coupe rase est un non-sens d’un point de vue économique.

Sur une échelle de temps de 80 ans, la futaie irrégulière produira davantage de bois qu’une futaie régulière destinée à la coupe rase, le tout en gardant un aspect et un milieu forestier. On sait également qu’après la coupe rase, le sol est moins fertile et le terrain plus propice aux maladies. Alors que fait-on ? On traite, on apporte de l’engrais (pas bio naturellement). Et plus le sol est pauvre, plus on apporte de l’engrais, etc, etc. Mais face à ce constat plutôt critique que faire ?

Retrouver la forêt

La forêt c’est une ressource – le bois – mais pas que. La forêt, c’est un milieu naturel où se côtoient des milliers d’espèces. La forêt, c’est aussi des odeurs, des sensations, une énergie que l’on ne trouve pas ailleurs. Et pour nous les hommes, il est même possible de profiter de ses bienfaits tout en l’exploitant de manière douce et durable. Il existe une technique de gestion forestière tout à fait durable : la forêt jardinée. La forêt jardinée part du principe que toutes les essences forestières sont intéressantes tant du point de vue de la ressource que de ses qualités en termes de biodiversité. Une forêt jardinée, c’est ainsi une forêt irrégulière ou toutes les classes de diamètre sont représentées. Pour la gérer, on prélève périodiquement l’accroissement de manière à conserver un volume de bois sur pied constant et à conserver une structure d’âge équilibrée (voir schéma ci-dessus). Bien plus subtile que la coupe rase, la forêt jardinée fait appel à des compétences différentes. Là où la coupe rase fait la part belle à la machine, la forêt jardinée demande une connaissance fine des arbres. Si l’expert forestier reste souvent le décideur et celui qui procède au martelage* des arbres, le rôle du bucheron devient bien plus important. La forte hiérarchie instaurée depuis la création du corps des eaux et forêts (XIIIème siècle) entre l’ingénieur et le technicien s’estompe. Le bucheron doit effectuer ses coupes de manière très précise pour ne pas abîmer les autres arbres. Il doit avoir suffisamment de connaissances et de sensibilité pour remettre en question un martelage qu’il ne juge pas bon. Là où l’un donnait des ordres à l’autre, aujourd’hui les deux se parlent. Plutôt que le tracteur, on préfèrera l’utilisation du cheval pour le débardage ce qui a également pour avantage de moins tasser le sol et donc de moins dégrader l’environnement forestier.

Il existe donc d’autres façons de gérer sa forêt, plus propre et plus respectueuse de l’environnement. C’est à chaque propriétaire, chaque gestionnaire forestier, chaque bucheron, de prendre conscience de ce problème et d’agir dessus. La forêt est un bien commun à tous qui remplit des fonctions essentiels pour la terre et ses hommes, à nous de la protéger.

Futaie régulière* : Une futaie est dite régulière si, à l’échelle de la parcelle, tous les arbres des essences principales sont d’âge proche. Les arbres des peuplements équiens peuvent être issus de plantation, ou de régénération naturelle. Ils sont souvent de la même essence (dans ce cas, le peuplement est qualifié de « monospécifique »), mais pas toujours.

Futaie irrégulière* : La futaie irrégulière fait cohabiter sur une même parcelle des arbres d’âge et de dimension très variés. Elle peut être conduite pied à pied (on parle de futaie jardinée), par bouquets ou les 2 à la fois. Ce traitement s’appuie préférentiellement sur le renouvellement des arbres par voie naturelle. 

Martelage* : Fait de marquer un arbre pour procéder ensuite à son abattage.

Pour aller plus loin :

Associations

Pro Silva France : association de forestiers réunis pour promouvoir une gestion des forêts (sylviculture) dite « irrégulière, continue et proche de la nature ». http://www.prosilva.fr/html/

Réseau des Alternatives Forestières : association qui réunit propriétaires, experts forestiers, bucherons, scieurs, débardeurs, etc. et qui promeut une autre gestion des forêts, plus douce et plus durable. http://www.alternativesforestieres.org/

Films

PEFC, le label qui cache la forêt – Qu’y a-t-il derrière ce label mondial créé par l’industrie du bois ? De quelle gestion durable et de quelle forêt parle-t-on ?

Le cueilleur d’arbres – Lorenzo Pellegrini est bûcheron spécialisé dans le choix et la coupe d’arbres destinés à la lutherie. Agé de 85 ans, il travaille toujours et transmet son savoir à des successeurs dont le luthier de guitares Jean-Michel Capt qui à inventer la table d’harmonie