La ville cubaine

Posted by on 5/06/2014 in Espace public

La ville cubaine

Les voyages permettent de découvrir d’autres paysages, d’autres formes d’implantations urbaines, de vie sociale. Et autant dire que la ville cubaine n’a pas grand chose à voir avec nos villes françaises !

La ville

La ville cubaine se caractérise par un tissu urbain peu dense où la maison individuelle et les petits collectifs (1 ou 2 étages) prédominent. A part à La Havane où subsistent quelques tours hérités de l’époque Battista ou construites au plus fort de l’influence soviétique, la ville urbaine est plutôt basse. L’ombre n’y est pas toujours facile à trouver… En approchant du centre, on rentre peu à peu dans une structure en damier, plan que l’on retrouve dans la majorité des villes d’Amérique du Sud ayant vécus l’occupation espagnole depuis le XVI ème siècle. Il est donc très facile de s’y repérer, pour peu que le nom de la rue soit encore visible sur sa plaque. Une partie des bâtiments est issue de l’époque coloniale et si certains sont en bon état, la grande majorité est en décrépitude totale. Rafistolés, certains sont même en partie écroulés, y compris en plein centre ville comme à La Havane. Le cœur du centre-ville est souvent constitué d’une place rectangulaire sur laquelle on retrouve les bâtiments administratifs et de pouvoir et un édifice religieux. Au centre, un petit espace vert (souvent très bien entretenu) ou une place minéralisée. Ces places sont également l’occasion de mettre en scène un personnage important de l’Histoire cubaine (José Marti, Che Guevarra et Fidel Castro sont des personnages récurrents). Autour, partent les artères importantes de la ville, seuls endroits où l’on trouve quelques restaurants, hôtels, banques, agence de tourisme. Les commerces ? C’est plus compliqué. Certes, quelques magasins d’Etat proposent quelques produits ménagers, un magasin de fripes ici ou là et surtout des petites points de restauration très souvent sur le palier ou directement chez l’habitant. On y trouve des pizzas ou des petits sandwiches. Enfin, quelques marchés, peu fréquentés, qui proposent des produits alimentaires mais à des prix assez élevés. Il faut savoir que les cubains utilisent encore des carnets d’approvisionnement leur permettant d’aller une fois par mois récupérer les denrées de base pour l’alimentation (poulet / porc, haricot rouge, riz, beurre, huile, café..).

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La rue

Ces petites échoppes, c’est le point de départ de la rue cubaine. Une rue constamment animée, de jour comme de nuit. Les rez-de-chaussée sont ouverts et l’on peut voir les papis regarder la télé sur leur rockin’chair entourés de toute la famille. Trouver un logement est très compliqué à Cuba, les enfants restent très tard chez leur parent et il n’est pas rare de trouver jusqu’à trois ou quatre générations sous le même toit. Les maisons se convertissent parfois en salon de coiffure, en cafeteria ou en point de vente de café au thermos.

La rue cubaine, c’est aussi des odeurs. D’abord celle des gaz d’échappement. Les vieilles voitures américaines (quasiment une voiture sur deux à Cuba) sont très jolies mais les fumées noires qui en sortent font parfois un peu peur. Bien que la circulation ne soit pas très importante – aucun bouchon observé en deux semaines – les bruits des klaxons résonnent en continue. En même temps, la chaussée n’est pas que pour les voitures. Du plus petit au plus gros : des chiens errants, des poules, des enfants qui jouent au base-ball, les vélos, les bici-taxi, les coco-taxis, des tracteurs, une réparation improvisée… Et tout ce petit monde cohabite sans se heurter, et sans agressivité. Une belle leçon pour les français…

C’est ensuite l’odeur de la cuisine qui vient. Si les alentours des échoppes sentent un peu le gras, certaines habitations laissent sortir quelques senteurs de plats créoles peu connues de nos papilles métropolitaines.

Mais l’odeur de la rue cubaine, c’est aussi celle des ordures et des égouts. La forte chaleur qui écrase la journée n’aide pas. Et chaque cours d’eau traversant la ville est jonché d’ordures mélangées aux eaux usées. Les rues, elles, sont assez propres. Le ballet des ramasseurs de cannettes, papiers et matières plastiques ne s’arrête jamais, trainant avec eux leur gros sac rempli qu’ils revendront probablement à des recycleurs.

La rue cubaine n’est pas faite pour se montrer, elle est avant tout un lieu de rencontre. L’attente engendrée par la faiblesse du réseau de transport en commun et du peu de voitures individuelles (impossible à acheter pour un quidam cubain),  laissent les cubains… piétons ou à vélo. Le nombre de personnes qui attendent un bus ou font du stop sur le bord de la route est hallucinant. A côté de ces personnes qui « attendent », on trouve des petits groupes de gens qui discutent… en buvant du rhum. Bon c’est vrai que la rue cubaine, c’est un peu une rue d’alcoolique. Le Havana club (biiip) est consommé à toute heure, et sec. Le mojito, aucune illusion, seuls les touristes en boivent. Mais – contrairement à la rue parisienne après 1h  – pas d’agressivité. Peu de grandes ivresses, pas de bagarres, juste l’envie de boire un coup entre copains (désolé mesdames) sous le soleil. D’ailleurs aucune insécurité ne règne à La Havane où l’on peut se balader partout sans risque. Les parcs ou les ‘malecon’, allée bétonnée de bord de mer, que l’on trouve à La Havane ou Cienfuengos, sont également le théâtre de ces échanges où l’on fume un cigare, on joue aux échecs ou aux dominos, ou on refait le monde et la révolution. Devant les habitations, les rockin’chair se balancent tranquillement. Ceux qui y sont assis regardent la rue, attendent de voir un visage connu pour entamer une discussion sur le pas de la porte.

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Et puis partout… la musique !! Là-encore pas déçu au regard de l’attente générée par la légendaire musique cubaine. Bon, il faut quand même dire la vérité. Les lieux touristiques sont remplis de groupes de musique cubaine qui jouent constamment les 10 mêmes chansons pour récupérer 1 CUC. Encore que, ils jouent très bien. Mais dès que l’on sort des sentiers battus, la musique est partout. Les maisons ouvertes sur la rue laissent ainsi percevoir un son qui va du reggaeton, à la salsa en passant par le son ou la rumba (liste non exhaustive). Dans chaque ville les casas de la musica, situées en centre-ville, proposent tous les soirs des concerts où la piste est rapidement enflammée par les danseurs. C’est toute l’identité de Cuba qui ressort à travers sa musique, une joie de vivre teintée d’une sorte de nostalgie du temps qui passe. Un peuple fier qui trouve dans un quotidien loin d’être évident des moments de convivialité à partager. La solidarité est ainsi de mise dans un pays où les salaires s’échelonnent entre 10 (balayeur) et 40 euros (médecin). Une solidarité que l’on retrouve dans la rue autour des réparations improvisées. Combien de voitures croisées, arrêtées sur le bord de la route. Sur le capot, des hommes les mains dans le cambouis essayant tant bien que mal des voitures datant des années 50.

La ville cubaine contrairement à l’immense majorité des villes mondiales vendues à la consommation de masse n’est pas une ville marchande. C’est une ville politique. On y voit aucune publicité, ce qui change considérablement le paysage visuel. A la place des slogans issus de la révolution. Les illustrations du Che, de Fidel ou de Camillo Cienfuengos, les trois héros de la révolution sont encore très présentes et contribuent à créer ce décalage entre les villes occidentales, et les villes cubaines.

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Ainsi est la rue cubaine, déconcertante, chantante, fatigante… Toujours animée, elle donne envie de se mettre à l’heure cubaine : un bon cigare, un petit rhum, un rockin’chair, ça tient à peu de choses le bonheur…

 

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