La forêt française arrête d’avancer !

Posted by on 7/07/2014 in Agriculture, Paysage

La forêt française arrête d’avancer !

Retour historique

 

Sur notre territoire, c’est avec le réchauffement du climat à partir de 10 000 ans avant notre ère, que la forêt commence à se développer. Totalement couvert par la forêt, c’est sous les Gaulois et pour la production agricole que le défrichage a commencé. Au Xème siècle, les moines ont pris le relais tout en conservant une part importante arborée dans un souci d’isolement. Dès la fin du Moyen Age, le bois gagne en valeur économique et c’est à partir du XVIe siècle, avec la conquête du Nouveau Monde et le développement de la construction navale, que les besoins vont être croissants. Par la suite, au XVIIème siècle, L’Etat protège les bois centenaires afin d’assurer un approvisionnement constant pour la Marine. Puis au XIXème siècle apparaît, avec les progrès de la botanique, la sylviculture, et l’idée que la forêt est essentielle pour les équilibres naturels.

 

En deux siècles, la forêt a doublé

 

Depuis le XIXe siècle, la superficie des forêts a doublé, elle représente plus du quart de la surface du pays ! L’abandon du charbon de bois, l’utilisation d’autres moyens de chauffage et d’autres matériaux de construction ont provoqué l’avancée des lisières. Parallèlement, le mouvement de protection des forêts a entrainé une législation en faveur de l’arbre.

 

La forêt avance et le paysage recule

 

Espace Boisé Protégé, Forêt de protection, morcellement des propriétés, associations de protection des arbres… ont mené à une sacralisation de l’arbre. L’arbre porte en lui de nombreux symboles très présents dans notre culture et la forêt renvoie à l’image du sauvage, du rêve, de la puissance de la nature. Sous cette tendance à toujours préserver les arbres, ce sont les vues, les perspectives, les belvédères, les clairières… qui ont disparues petit à petit.  Il ne s’agit pas de pertes soudaines qui auraient pu émouvoir les populations locales. Il s’agit de mutations lentes au rythme de la nature que l’œil ne perçoit pas dans son quotidien. Les observatoires photographiques du paysage témoignent de ces évolutions imperceptibles et pourtant radicales. On y voit des coteaux boisés qui cachent derrière eux des vallées pâturées, des abords de routes embroussaillées qui ne permettent plus d’admirer un panorama, des perspectives de châteaux dont les houppiers non taillées masquent le ha-ha autrefois mis en scène. Du point de vue de la biodiversité, le laisser-aller d’une forêt spontanée a fait disparaître des milieux ouverts pourtant réserves d’une quantité d’espèces bien plus développées que dans les sous-bois. Prairies, pelouses, roselières… ont perdu du terrain. La flore et la faune qui y étaient liées aussi.

 

Alors que les paysagistes et écologues s’acharnaient contre cette avancée inexorable à coup de cônes de vue protégés aux PLU, de déclassement des Espaces Boisés Classés, de travaux de défrichage, d’écopâturage, de remise en culture ou élevage de coteaux, d’actions de sensibilisation… L’inversement de la dynamique semble s’enclencher spontanément.

 

Depuis quelques années, la forêt retourne à sa place

 

C’est encore subtil mais la forêt française montre des signes de recul depuis 2008. D’après les données Agreste – n°208, en 2008, il est apparu que les sols boisés reculaient (16,946 millions d’hectares) par rapport au relevé précédent (16,974).

 

 

Plusieurs tendances peuvent expliquer ce nouveau phénomène :

 

  • La demande pour le bois énergie avec des scénarios qui estiment que le volume de bois récolté pour cette raison pourrait être deux à trois fois supérieur à celui d’aujourd’hui,
  • Les besoins de surfaces pour l’agriculture de plus en plus important,
  • Des agriculteurs de plus en plus équipés pour s’attaquer à la forêt ou aux friches,
  • Des demandes de produits du terroir en hausse qui tend à exploiter des secteurs laissés en friche (ex : la vigne, les petits élevages),
  • Une superficie des forêts de type méditerranéen (9,1% du territoire actuel) qui pourrait doubler au détriment des autres types de bois,
  • Sans compter le développement des villes qui risquent aussi de diminuer la surface forestière.

Cette tendance est encore légère et fragile mais elle semble indiquer une approche du paysage plus spécifique à chaque site. Il faut donc continuer à révéler les caractéristiques de chaque territoire pour préserver la richesse de la diversité des paysages. Il faudra toujours lutter contre l’uniformisation même quand celle-ci se fait au nom de la protection des paysages.

 

 

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